Birmanie, quand l'Art devance la démocratie

En Birmanie, la scène artistique contemporaine ouvre les yeux à mesure que le pays fait la connaissance avec la démocratie. Une révolution pour la liberté d'expression jusqu'alors illusoire sur ces terres oubliées.

Ce pays riche où l'on vit pauvrement

Tout visiteur qui pose les yeux pour la première fois sur le tableau que propose la Birmanie sera formel : c'est un choc esthétique et éblouissant à la limite du bouleversement. Loin de l'univers stérile et impersonnel de l'aéroport de Yangon (anciennement Rangoun) qu'il vient tout juste de quitter, il tombe sur la masse colossale, coiffée d'un imposant diamant, de la pagode Shwedagon, dont l'or, avec lequel ses cent mètres de haut sont recouverts, éclaire de jour comme de nuit les proches alentours. Toute la Birmanie est ainsi.

pagode

Ce royaume millénaire longtemps replié sur lui-même est surnommé le pays des pagodes d'or. Des dizaines de milliers d'entre-elles parsèment le territoire, quelques rares fois en ruines, pieusement balayées par les fidèles, décorées voire sur-décorées, parfois aux frontières de l'insensé, mais toujours belles. Dans ce pays riche où l'on vit pauvrement, 20% des revenus des ménages sont consacrés à la religion, à la bonne tenue des sanctuaires, aux parures et aux bijoux.

Une censure puissante... mais poussée dans ses retranchements

Feuilles d'or aux milles détails, laque raffinée, sculptures élégantes, joaillerie délicate... l'Art et la création du beau, semblent régner en maître sur ce fragment ignoré de la planète. Pourtant, si l'Art est bien rattaché à la création, en Birmanie il fût longtemps privé de son ingrédient principal : la liberté d'invention et d'expression. Bridés et censurés par les contraintes politiques que l'on connait, les artistes ont appris à ruser avec le régime pour s'inventer, malgré les clous imposés par la censure, un renouveau. Longtemps cantonnés à reproduire jusqu'à l'écœurement des scènes de genre, comme des jeunes filles et des bonzes en procession, ou des paysages, des portraits, des fleurs... certains d'entre eux ont trouvé leur propre style à partir de sujets férocement imposés.

"Les censeurs ont montré une imagination riche, en effet, ils lisent des messages inattendus dans mes photos". San Min, 64 ans, s'est vu interdire l'accès aux expositions parce qu'un fonctionnaire du gouvernement trouvait que son portrait de femme évoquait bien trop Aung San Suu Kyi, l'emblématique chef de file du mouvement pro-démocratie alors interdit en Birmanie. "Je n'avais pas pensé à une telle chose du tout".

Bien avant les premières bribes de libération de l'Art par le régime, c'est dans la peinture que le mouvement du renouveau à commencé. En changeant le mode de figuration plus que les sujets, des artistes comme Min Wae Aung, Maung Myint Aung ou la famille de Lun Gywe, ont su infléchir des virages à des rails voués à rester rectilignes. Le premier cité a usé du thème de la procession des moines pour réinventer un hyperréalisme inédit où, dans des coloris rose-mauve ou doré, il peint vu de haut ces cranes luisants de religieux aux détails quasi photographiques. Maung Myint Aung a quant à lui trouvé son style en ne peignant que des aquarelles aux couleurs vives, presque fauves, de femmes obèses et callipyges. Lun Gywe, considéré comme le plus grand peintre birman vivant, est un maître des couleurs qui baignent dans un impressionnisme sublimant la beauté des femmes. En poussant la censure jusque dans ses derniers retranchements, ces artistes précurseurs ont ouvert la voie à une nouvelle génération qui bénéficie d'un relâchement généralisé des contrôles depuis l'arrivée du gouvernement civil en 2011.

Un parfum de liberté qui flotte à Yangon

Alors que la censure avait pris place à partir des années 1960, les gouvernements militaro-autoritaires se sont succédé jusqu'en 2011 date de l'arrivée du gouvernement civil. Les artistes ont vu d'un bon œil cette nouvelle qui leur accorde plus de libertés pour exprimer leurs impulsions créatrices. Encore loin des régimes démocratiques "idéaux", la Birmanie, qui est encore placée 169ème au classement de la liberté de la presse, permet quand même à ses artistes de s'émanciper des sujets habituels imposés. Installé sur place, l'artiste américain Richard Streiter en témoigne "Nous pouvons maintenant peindre des images plus variées qu'auparavant. C'est un peu différent, mais il faut encore faire attention. Depuis deux ans, les artistes peuvent pratiquement faire ce qu’ils veulent. Avant, c’était très contrôlé. Par exemple, jusqu’à la libération d’Aung San Suu Kyi, le 13 novembre 2010, il était impossible de prononcer son nom, d’écrire un article sur elle, d’acheter une photo d’elle. Aujourd’hui, vous avez sa photo partout, vous pouvez acheter des t-shirt avec son portrait. Tout a changé."

Alors qu'un léger parfum de liberté commence à flotter, parallèlement à Yangon les galeries d'art contemporain et les pépinières de jeunes artistes se multiplient : le Gangaw Village Artist Group et le New Zero Art Space favorisent les échanges entre les artistes birmans et internationaux. Citons également la Inya Art Gallery, la Anawmar Gallery ou la River Gallery. La nouvelle scène birmane portée par des artistes comme Moe Satt, Nyein Chan Su, The Maw Naing, Wah Nu, Po Po ou encore Ayeko expose aujourd'hui ses œuvres en Europe, au Japon et aux Etats-Unis. Alors que la plupart d'entre eux ont débuté leur libération dans la peinture, les artistes birmans vouent un quasi culte à l'Art de la performance. Cet Art est une pratique artistique dont le médium est le corps lui même et dont l’action créer l’œuvre d’art. Moe Satt, artiste engagé mais apolitique, s'est lancé dans la performance et a même fondé le premier festival dédié à la pratique en Birmanie : Beyond Pressure.  "Notre génération d’artistes ne fait pas de l’art avec des sujets politiques. Nos œuvres sont moins émotionnelles, plus conceptuelles et interactives que celles de la génération précédente dont les créations sont éminemment dramatiques. Pourtant, l’artiste birman a nécessairement grandi dans la conscience des réalités extérieures, économiques, sociales et culturelles de son pays."

Julien Rey, l'amoureux de la Birmanie

Julien Rey s’est formé en autodidacte dès l’âge de 15 ans. Sa mère d’origine polonaise a toujours peint chez eux, éveillant chez lui un côté esthète et curieux.  Il suit des études de cinéma et devient caméraman. Carré d’artistes® le découvre lors d’un salon à Saint Rémy en août 2015. On peut caractériser Julien Rey comme un peintre contemporain emblématique qui s’illustre dans le mouvement « urbain » où se côtoient des paysages de grandes métropoles comme la ville de New-York. C’est la toute la subtilité : une ville est suggérée mais jamais peinte à l’identique. Le peintre ne s’inspire d’ailleurs pas de photos mais créé un univers en associant ses souvenirs et en laissant libre cours à son imagination. Son œuvre est ainsi caractérisée par de grandes lignes épurées, horizontales ou verticales, des buildings et grattes ciel qui composent ses tableaux et côtoient le bitume miroitant à perte de vue.

Grand voyageur, l’artiste français développe un travail fortement influencé par l’Asie et plus particulièrement la Birmanie. Il tombe amoureux de cette région lors de ses reportages pour « Envoyé Spécial ». Un attachement qui s’exprime également dans sa vie privée puisque Julien Rey fonde une famille avec une birmane. Durant cette période, il devient même moine bouddhiste.  Au fil de ses découvertes, il s’imprègne et s’inspire de cette culture et son œuvre s’en ressent.

On découvre cette influence dans les peintures de Julien Rey par l’atmosphère créée: on y retrouve en effet la philosophie zen et une volonté d’épurement et de simplicité. Il réalise des compositions minimales qui apparaissent comme des instants suspendus, des pauses poétiques au milieu du désordre environnant. C’est aussi en Chine que Julien Rey trouve la laque qu’il utilise, tout comme la feuille d’or importée de Birmanie, présente de manière récurrente dans ses œuvres. Sa technique unique et singulière vient dans un premier temps de la laque qu’il utilise et qu’il travaille au couteau.

Il compose ses tableaux en ajoutant de la matière, puis à certains endroits, en ôtant cette matière, en grattant la peinture, il créé un contraste évident.
Cette technique qu’il nomme lui-même «  positif/négatif » est aussi bien illustrée dans ses représentations qui confrontent l’obscur et la lumière, le sombre et le clair. Il réalise des incrustations à la feuille d’or qui offrent un rendu unique et place la lumière au centre de ses œuvres.

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