Bolivie, la belle oubliée

20 juillet 2017

De Buenos Aires à Bogotá en passant par São Paulo, la scène artistique sud-américaine est riche en talents et en créativité. Mais quid des artistes boliviens ? La Paz et Sucre n'ont pas à rougir, quelques peintres issus du pays de Bolívar existent bel et bien sur l'échiquier artistique mondial.

María Luisa Pacheco, la pionnière

Considérée comme la pionnière et la plus grande artiste bolivienne contemporaine, María Luisa Mariaca Dietrich de Pacheco est née en 1919 à La Paz. Fille d'architecte, elle découvre l'Art grâce à son père et se perfectionne sur les bancs de l'Academia de Bellas Artes Hernando Siles de sa ville natale. En 1948, elle entre dans les bureaux du journal La Razón en tant qu'illustratrice et éditrice de la section littéraire. Elle quitte le quotidien national en 1951, et, bénéficiant d'une bourse du gouvernement elle poursuit ses études à la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando de Madrid en suivant les cours du peintre cubiste ibérique Daniel Vazquez Diaz. De retour à La Paz  en 1952, elle revient à l'Academia de Bellas Artes Hernando Siles en tant qu'enseignante. Après avoir longtemps œuvré dans l'indigène bolivien figuratif, représentant les paysages de l'Altiplano et les peuples autochtones, elle adopte alors un style abstrait, sous l'influence d'Antoni Tápies, et fonde un groupe d'avant-garde dit "Huit artistes contemporains" ou "Classe 52".

En 1953, sa toile "Plantation" remporte le Premier Prix du concours de peinture de La Paz. Elle quitte son mari, Victor Pacheco et décide de s'installer durablement à New York avec ses enfants. Récipiendaire en 1956 consécutivement de trois bourses de recherche attribuées par la Fondation John Simon Guggenheim, María Luisa Pacheco voit également plusieurs de ses œuvres être acquises par la célèbre fondation new yorkaise. Ses peintures sont cubistes, abstraites ou figuratives mais elles sont toutes inspirées par la culture des peuples Aymara et Quechua ou la vie des femmes en milieu rural, sur les glaciers et les sommets de la Cordillère des Andes de sa chère Bolivie. Son travail fait alors l'objet de nombreuses récompenses, comme ce Premier Prix de la Biennale de São Paulo en 1959,  et elle participe à plus d'une centaine d'expositions en Amérique et en Europe. En 1982, à l'âge de 63 ans, María Luisa Pacheco rend son dernier souffle à New York, laissant derrière elle une trace indélébile aussi bien pour l'Art bolivien qu'international.

Jorge Carrasco, le Michel-Ange du Berry

En plein cœur de l'Indre, se dresse le Menoux, 400 âmes tout au plus. Un petit village comme des milliers d'autres en France. Mais le Menoux, n'est pas comme tous les autres. Au milieu de ses petites rues pittoresques on y retrouve l'Eglise Notre-Dame du Menoux, véritable attraction touristique dans la région drainant des visiteurs du monde entier. Entièrement décorée de fresque modernes exécutées par un certain Jorge Carrasco. Sur les murs de la paroisse, surnommée "La Chapelle Sixtine du Berry", cet artiste bolivien a représenté les forces positives et négatives de la Nature. Un décor onirique réalisé entre 1968 et 1976, que l'artiste a commencé par cette phrase "Voilà une belle toile vierge qu'il faudrait recouvrir".

Mais Jorge Carrasco n'est pas qu'un simple peintre, c'est aussi un artiste qui a acquis sa notoriété grâce à ses fameuses sculptures. Comme María Luisa Pacheco, Carrasco est natif de La Paz en 1919. A l'instar de l'artiste féminine, après s'y être intéressé très jeune, il étudie l'Art à l'Academia de Bellas Artes Hernando Siles de La Paz. Devenu ensuite professeur, il embarque pour le Brésil en 1953 où, à la Biennale de São Paulo il expose aux côtés des Picasso et autres Matisse, avant de réaliser des fresques murales immenses sur la production de sucre à Rio de Janeiro. L'année suivante, il découvre l'Europe via Gênes et surtout Venise, où, en tant que représentant de la Bolivie, il participe à la Biennale. Il parcourt ensuite l'Espagne, la Suède, l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, les Etats-Unis et enfin la France où il posera ses valises définitivement au Menoux en 1968. Pendant trente-huit ans dans l'Indre, hormis la réalisation bénévole de sa fresque sur les murs de l'Eglise Notre-Dame, Carrasco s'impose comme le sculpteur des pierres précieuses. Du ténébreux granit noir de Suède, au classique marbre de Carre, en passant par l'ivoire de Rhodes, l'onyx d'Argentine et la lave rugueuse de Sicile, les sculptures de Carrasco cultivent l'Art de la géométrie imparfaite. Décédé au Menoux en 2006 à 87 ans entouré des siens, Jorge Carrasco aura réussi à rendre un petit village de l'Indre aussi célèbre que Nuestra Señora de la Paz.

Graciela Rodo Boulanger, la dernière vague

Artiste bolivienne vivante la plus célèbre, dans le milieu de l'Art, Graciela Rodo Boulanger porte haut l'étendard du pays de Bolívar. Comme ses illustres aînés, Graciela Rodo Boulanger a vu le jour à La Paz, en 1935. Plongée dès sa plus tendre enfance dans le monde artistique grâce à sa mère, musicienne de son état et son père homme d'affaires et connaisseur d'Art. Elle s'intéresse d'abord au piano puis tombe très vite dans la marmite de la peinture. Diplômée de l'Academia de Bellas Artes de Santiago de Chile, elle part affiner ses connaissance musicales en Autriche, à Salzbourg puis à Vienne, dans la capitale mondiale de la musique. Dans le pays de Klimt et Schiele, elle en profite pour exposer ses première peintures, à 18 ans, au sein de la galerie Strohkoffer en 1953. De retour à La Paz, elle fait la rencontre de Claude Boulanger, jeune diplomate français, qu'elle épousera plus tard. A l'âge de 22 ans, elle abandonne complètement la musique et se lance corps et âmes dans la peinture, comme un certain Goya l'avait fait à une époque. La notoriété lui tombe dessus en 1979 lorsqu'elle est désignée par l'UNICEF comme étant l'artiste officielle de l'année internationale de l'Enfance.

Elle fait ensuite partie des têtes de gondoles de la rétrospective organisée en 1983 par le Musée d'Art Moderne d'Amérique Latine de Washington DC. En 1986, le Metropolitan Opera de New York lui commande une affiche pour la Flûte enchantée de Mozart. Sa valeur artistique est reconnue totalement lorsqu'elle édite des gravures à l'eau-forte, que lui ont enseigné René Carcan et Johnny Friedlaender, lors de nombreuses expositions aux Etats-Unis. Elle participe au fil des années à plus de 170 autres expositions dans le monde entier. Reprenant le flambeau bolivien de Pacheco et Carrasco, Rodo Boulanger peut à présent le transmettre à la nouvelle génération représentée par Sonia Montero Falcone ou encore Roberto Mamani Mamani.

Alfredo Lopez, allégorie occidentale

Né en Bolivie, Alfredo Lopez passe cependant toute son enfance de l’autre côté de l’océan Atlantique, en Espagne. Après avoir oeuvré dans l’infographie et le web design, dans l’illustration et la bande dessinée, il se consacre pleinement à sa passion : la peinture. Totalement inscrit dans son époque, le travail d’Alfredo Lopez puise son inspiration et ses racines dans notre quotidien. Il se plait à céléber l’ordinaire, et, son sujet d’étude favori est l’Homme occidental. Il sublime les actes banals et sans importance en les représentant comme accomplis dans l’allégresse, la joie et la bonne humeur. Ses œuvres sont des allégories de divers thèmes : le plaisir, le travail, le monde des affaires, l’amour, l’ivresse... Ces narrations du quotidien, en particulier en Occident, se caractérisent par leurs couleurs toujours vives et la place centrale et imposante du personnage sur la toile. Alfredo Lopez travaille sur divers supports tels que la toile, le plexiglas et même des mannequins tout en conservant le dessin comme technique de base. La carrière de Lopez a pris une tournure internationale depuis quelques années, où, il alterne entre expositions personnelles et collectives tout en proposant la même vision colorée de ces figures simples du quotidien.

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