Dhaka Art Summit, made in Bangladesh

Evénement devenu majeur en Asie du sud-est, le Dhaka Art Summit et ses 300 artistes émergents placent le Bangladesh sur la carte mondiale de l'Art contemporain.

D'ordinaire lorsque l'on évoque le Bangladesh, ce sont généralement des mauvaises nouvelles qui arrivent à nos oreilles européennes. Entre soubresauts politiques, cyclones dévastateurs et inondations à répétition, ce pays surpeuplé baigne dans une pauvreté et une misère considérable. Essentiellement connu pour ses industries textiles aux conditions et aux rythmes de travail inhumains, le Bangladesh est même considéré par Henry Kissinger comme un "basket case" comprenez un cas désespéré, et le tableau dressé est loin d'être reluisant. Pourtant, de tableaux, et de beaux, il en est question depuis 2012 avec le Dhaka Art Summit.

Quand l'Art casse les frontières

En plein cœur de l'asphyxiante capitale Dhaka, au milieu des rues aussi poussiéreuses que la circulation est dense, se tient depuis février 2012 une biennale consacré à l'Art contemporain. Un autre Bangladesh tente de fleurir, à l'ombre de ses bruyants voisins Indiens et Pakistanais, dans une région du monde où l'Art n'a pas toujours la place qu'il mérite. Ce pari un peu fou, c'est Rajeeb Samdani qui est en train de le relever. Ce quadragénaire dynamique, homme d'affaire international à la tête de son groupe Golden Harvest (immobilier, informatique, alimentation, logistique...) s'est lancé dans cette aventure en 2011 dans l'idée de soutenir les artistes locaux. Il s'éprend d'art lorsqu'il épouse sa femme Nadia, fille de Khalibur Rahman Choudhry collectionneur averti de son état.

(Le couple Samdani)

Et c'est en explorant la scène nationale qu'il se rend compte du manque de structures, d'argent et de soutien dont souffrent les artistes bangladais. Il crée alors la Fondation Samdani et joue le rôle de mécène pour les artistes de sa région. "Il n'y a pas de musée d'art contemporain. Personne n'a une vraie expérience de l'art dans ce pays. Le champ est limité à l'huile sur toile, rappelle Rajeeb Samdani. Notre principal souci, c'est d'éduquer les gens et offrir une plateforme aux jeunes artistes. Car ces derniers manquent à la fois d'un enseignement approprié et de visibilité. " Entre voyages et expositions, le tout bangladais artistique entrouvre les yeux sur un monde jusqu'alors inaccessible et inconnu. Toujours plus ambitieuse, l'idée directrice du couple Samdani est de faire venir le monde au Bangladesh...

"Depuis le premier jour je vais contre le vent"

En février 2012, au sortir d'une énième crise politique, un mois après des élections législatives controversées qui ont enfiévré le pays, s'est tenu le premier festival d'art contemporain le Dhaka Art Summit. Les organisateurs, le couple Samdani, se sont battus contre vents et marais, ou plus précisément se sont mis à jongler entre problèmes logistiques, financiers et politiques pour voir leur projet aboutir. Si ce premier rendez-vous fleure bon l'amateurisme malgré des millions de dollars dépensés, il a au moins le mérite d'exister et de rompre la solitude artistique du Bangladesh.

70 000 visiteurs ont foulé le sol de Dhaka pour la deuxième édition en 2014 pour déambuler entre les œuvres d'artistes originaires de toute l'Asie méridionale. Et en début d'année 2016, la troisième édition a rassemblé 140 000 curieux, 300 artistes et pour la première fois des collectionneurs et commissaires européens comme Aurélien Lemonnier (Centre Pompidou) ou Daniel Baumann (Kusthalle de Zurich). Devenu un rendez-vous artistique incontournable du continent Asiatique, le Dhaka Art Summit commence à se faire un nom à l'international. Même si le Bangladesh ne possède encore aucun musée d'art contemporain, le couple Samdani a ouvert une brèche dans laquelle l'Art contemporain s'est engouffré. "On ne peut pas arrêter l'eau qui coule" ni l'enthousiasme de Rajeeb Samdani qui nous donne déjà rendez-vous en 2018.

Shefali Ranthe, ode à la joie de vivre

Née en 1979 au Bangladesh, Shefali Ranthe est rapidement adoptée par un père danois. Depuis son plus jeune âge, l’art accompagne sa vie. Elle chante, danse, photographie, compose des collages et s’adonne à l’infographie. Elle touche à tout. Quand quelque chose de nouveau l’attire, elle doit s’y hasarder. Pour elle, création et expérimentation sont indissociables.

L’artiste s’essaye à différents styles : après une période japonaise, puis africaine, elle expérimente le pop art et se concentre à présent sur sa série de toiles "Joy of Life", entreprise lors d’un séjour à Dubaï. Influencée par le travail de certains de ses contemporains danois tels que Bjørn Bjørnholt, Finn Sorensen et Poul Pava, elle puise généralement son inspiration auprès de ses enfants. Elle envie leur façon de dessiner spontanément, sans aucune limite, règle, ni peur de la critique. Shefali entame ses toiles par un fond abstrait et apaisant, puis parfait son travail étape par étape, à l’aide de peinture à l’huile, de craie, de sable et de tissu. Comme elle, ses œuvres sont débordantes d’énergie et nous incitent à apprécier l’art "comme un cocktail de couleurs, épicé par notre joie de vivre".

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