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Giacometti, la puissance de la forme

Il y a un peu plus de 50 ans, Alberto Giacometti disparaissait en perdant son combat contre le cancer à l'âge de 64 ans. Déjà populaire de son vivant, il est aujourd'hui le sculpteur contemporain le plus illustre du monde. Ses œuvres filiformes se chiffrent à des millions.

Qui veut sculpter des millions ?

Ce lundi 11 mai 2015, les commissaires de la maison de vente aux enchères Christie's à New York ont certainement du se frotter les yeux plusieurs fois devant les chiffres ahurissants de la vente du jour. Les Femmes d'Alger, une œuvre peinte par l'inévitable Pablo Picasso en 1955, a été adjugée pour 179,4 millions de dollars (161 millions d'euros) tandis que la statue L'Homme au doigt du sculpteur Alberto Giacometti est cédée pour 141,28 millions de dollars (126,83 millions d'euros). Il s'agit alors respectivement de la toile et de la sculpture les plus chères jamais vendues aux enchères. Le bronze à la silhouette longiligne, si caractéristique de Giacometti, a été adjugé en seulement... trois minutes ! Il a alors battu le précédent record détenu par un autre Giacometti, L'homme qui marche I qui avait été adjugé pour 65 millions de livres (103,93 millions de dollars) en 2010 chez Sotheby's à Londres. Ces chiffres colossaux intronisent, encore un peu plus, Alberto Giacometti comme un monstre sacré du monde de l'Art aux côtés des Picasso, Munch, Klimt, Francis Bacon et autres Andy Warhol.

(L'Homme au doigt)

En 1955 au Kunstmuseum de Berne, une première rétrospective avait retracé la carrière, toujours en cours à l'époque, du génial artiste, qui donnait également dans le dessin et la peinture. Quelques années plus tard, en 1962, si les Beatles étaient quatre garçons dans le vent, Alberto Giacometti recevait, lui, triomphalement le Grand Prix de la Biennale de Venise. La même année, il faisait à nouveau l'objet d'une rétrospective au Kunsthaus de Zürich. A l'orée de l'année 1970, ses œuvres sont exposées à Londres, Paris, Copenhague et au MoMA de New York. Une destinée fulgurante et dorée pour cet artiste originaire de Stampa, un petit village suisse anonyme d'une centaine d'habitants perché dans les Grisons.

"Je peins et sculpte pour saisir la réalité en plein"

A quelques kilomètres de la frontière italienne, les Alpes en toile de fond, planté au milieu des lacs en enfilade, se tient le val Bregaglia, beau et sévère. Terre balayée par les bourrasques glaciales où l'on mange, boit et parle italien, cette vallée des Grisons est un écrin sauvage où les crêtes aiguisées des montagnes apparaissent souvent en noir et blanc et où les sapins filiformes s'accrochent désespérément à leurs racines pour ne pas chuter face à la rudesse du climat et la pente, donnant alors des paysages aussi sinistres qu'envoûtants. A l'instar d'un Salvador Dalí, pour qui sa région natale de l'Empordà fut une source d'inspiration surréaliste inestimable, c'est avec ce décor, si doux et pourtant si déchiré, qu'Alberto Giacometti a paisiblement grandi dans le village de Stampa. Lorsqu'il nait en octobre 1901 à Borgonovo, Alberto est fils unique, il deviendra ensuite l'aîné d'une fratrie de quatre enfants. Ils mènent une enfance tranquille entre Stampa et Maloja où la famille possède un chalet pour passer l'été au frais. Poussé par Giovanni, son paternel de peintre, Alberto dessine, peint et modèle dès sa tendre enfance. Rapidement, il trouve un style propre.

En 1922, il quitte la douceur de son val suisse pour l'agitation de la vie parisienne. Si la capitale française deviendra sa seconde maison, il n'oubliera jamais les montagnes de Stampa où il continuera d'y passer régulièrement les mois estivaux aux côtés de sa mère Annetta, qui lui a notamment inspiré son fameux tableau La Mamma a Stampa. A Paris, Alberto Giacometti se perfectionne en tant que sculpteur aux côtés du célèbre Antoine Bourdelle, lui même ancien élève d'Auguste Rodin. Il fréquente les bancs de l'Académie de la Grande Chaumière et l'atelier du maître. A partir de 1924, il travaille dans son propre atelier avec son frère Diego. L'artiste avait l'habitude de dire : "Je peins et sculpte pour saisir la réalité en plein". En 1927, il sculpte ses Figures Plates, quasiment amputées de relief et d'une troisième dimension. Ses sculptures miniatures datent, elles, de la Seconde Guerre Mondiale où le suisse a du fuir la France pour s'abriter à Genève, où il rencontrera son épouse Annette avant de poser à nouveau ses bagages à Paris.

Le refus d'un Art lisse

Souvent décrit comme une caverne, c'est entre les murs de son minuscule atelier de 23 mètres carrés, en plein cœur du quartier Montparnasse, rue Hippolyte-Maindron, qu'Alberto Giacometti passe l'essentiel de son intense vie artistique. De ses sculptures, on ne retient généralement que des formes humaines longilignes quasi abstraites, indéchiffrables. L'artiste a passé sa vie à dépouiller ses œuvres, à effacer inlassablement les signes permettant de les identifier. Le Suisse ne voulait pas d'un Art lisse et affirmait : "Une sculpture n'est pas un objet, elle est une interrogation, une question, une réponse. Elle ne peut être ni finie, ni parfaite." De fait, ses figures sont comme rongées, usées par le temps. Elles évoquent les silhouettes qu'on distingue dans le lointain, aux contours flous, comme les sapins enneigés et torturés des paysages de son enfance.

Giacometti succombe aux charmes de Montparnasse, il y rencontre très vite les excès de la vie nocturne dans les bars et les clubs. Il y rencontre Caroline, une prostituée, qui deviendra ensuite sa maîtresse jusqu'à sa mort. Il assume le train de vie de la jeune femme et, tout comme sa femme, il la peint régulièrement à partir de 1961. En 1963, il subit une ablation partielle de l'estomac après avoir appris qu'il souffre d'un cancer et malgré tout, il continuera de fumer ses quatre paquets de cigarettes par jour. A sa mort à l'hôpital de Coire, en Suisse, sa femme et sa maîtresse se presseront à son chevet, des personnalités de l'Europe entière assisteront à ses funérailles à Stampa. Depuis Alberto Giacometti est enterré à Borgonovo, là où tout a commencé.

Delphine Blais, le corps qui parle

Enfant puis adolescente, Delphine Blais développe un goût prononcé pour le dessin et les arts, notamment la sculpture. Les couleurs d’un Bonnard ou les formes d’un Alberto Giacometti sont autant d’influences qui nourrissent son travail. Ses assemblages prennent la forme de silhouettes longilignes en patchwork de couleurs. Au sommet des stalagmites naïves sont posés des visages aux allures d’estampes japonaises. Comme dans cette esthétique ancestrale, l’expression du visage est volontairement minimaliste car c’est le corps qui parle. Le thème dominant est le rapport à l’autre dans le groupe, la famille, le couple… Elle cherche à exprimer des émotions telles que la solitude, l’indifférence ou la tendresse au travers de la posture et du mouvement du corps.

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