L'Afrique c'est chic !

29 mars 2017

Berceau de l'Humanité et terre des premiers hommes, l'Afrique est un fondement éternel de notre monde moderne. Pourtant longtemps négligé, mis à l'écart, pillé, le continent aux 54 pays semble aujourd'hui entamer sa revanche, dans un domaine où on ne l'attendait plus : l'Art contemporain.

La revanche d'un continent

9500m² de superficie repartis sur neuf étages dans un ancien silo à grains prodigieusement réhabilité. Voici le décor que proposera le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (MOCAA) qui ouvrira ses portes au Cap, en Afrique du Sud, d'ici septembre 2017. La collection de Jochen Zeitz, l'ancien grand patron de la marque Puma, sera mise à l'honneur avec toutes les étoiles actuelles du continent, de Julie Mehretu, l'éthiopienne aux toiles qui cotent à plus de 4 millions de dollars, à la néerlandaise d'origine sud-africaine, Marlène Dumas, qui fait partie des cinq artistes femmes les plus chères du monde. Jusqu'à maintenant, l'Afrique est toujours restée en marge du grand bal du marché de l'Art contemporains et de ses multiples représentations internationales. Mais depuis quelques années, elle s'évertue à rattraper le temps perdu et s'autorise même des flamboyants coups d'éclats.

Loin des traditionnelles banalités sur un Art bricolé, artisanal, amateur et manuel, ils étaient trente-cinq artistes, du continent africain, à pousser les portes de l'Arsenal lors de la 56ème Biennale de Venise en 2015. Sous l'impulsion du nigérian Okwui Enwezor nommé Commissaire Général, l'Art africain s'est détaché des clichés qui lui collent à la peau. Plus beau et plus fort encore, le sculpteur ghanéen El Anatsui, et ses captivantes tentures métalliques, a remporté le convoité Lion d'Or d'honneur du meilleur artiste. Histoire de désenclaver encore un peu plus une géographie de l'Art jusque-là paralysée à un dialogue Est-Ouest.

"Nous sommes les nouveaux chinois"

Cette nouvelle dimension prise par l'Art africain se traduit inévitablement sur le marché. Sur le continent, l'engouement est réel, les foires et les expositions se multiplient, avec, depuis 1989, la Biennale de Dakar, autrement connue sous le nom de Dak'Art, Art X Lagos au Nigéria, la Biennale de Marrakech, la Turbine Art Fair en Afrique du Sud ou la Kenya Art Fair à Nairobi. Aujourd'hui, aucune d'entre-elles n'atteint l'ampleur de la FNB Joburg Art Fair, qui, depuis 2008, entraine dans son sillon un public international et a joué un rôle primordial dans le développement du marché de l'Art en Afrique du Sud.

Sa neuvième mouture a présenté en septembre dernier des exposants issus de douze pays d'Afrique, d'Europe et des Etats-Unis. 12 500 visiteurs se sont pressés dans les allées et la foire a enregistré des ventes pour près de 2,8 millions d'euros. Pour les professionnels du marché, cela s'explique par le besoin perpétuel de nouveautés du secteur. Victoria Mann, fondatrice de la foire Also Known As Africa (AKAA), qui a connu sa première édition cette année à Paris, y aperçoit "un marché encore abordable, qui offre l'opportunité pour des jeunes collectionneurs d'acheter les œuvres d'artistes dont la cote va monter." Un postulat que la franco-béninoise Marie-Cécile Zinsou, directrice et fondatrice de la fondation artistique du même nom au Bénin, résume de façon laconique : "Nous sommes les nouveaux chinois."

Le Paris de l'Afrique

"Il y a un paradoxe, les Français sont en retard sur l'Art contemporain africain, alors qu'ils étaient pionniers avec la création de la Revue noire à Paris par Simon Njami (1991) et l'exposition "Magiciens de la terre" en 1989", raconte Victoria Mann. Effet de mode ou engouement un rien tardif, au printemps 2017, la France fait la part belle aux artistes africains en leur réservant de nombreuses expositions. L'Afrique est partout. Plusieurs expositions ou galeries, à la Grande Halle de la Villette, à la Fondation Louis Vuitton, au Grand Palais, au musée Dapper à Paris, à la gare Saint-Sauveur à Lille, aux Abattoirs à Toulouse vont présenter des œuvres d'artistes contemporains de ce continent souvent oublié. Photos, vidéos, peintures, installations monumentales, œuvres sonores… Cette profusion créative et démente devrait marquer les esprits, peut-être autant que "Magiciens de la terre" à Beaubourg et à la Villette en 1989, il y a presque trente ans ! Tandis que des foires et des événements autour de la création africaine se multiplient dans Paris, la foire Art Paris Art Fair, qui se tient du 30 mars au 2 avril, propose un focus sur l'Afrique avec une vingtaine de galeries en ligne de mire.

Boy with toy pistol (séries Growing in Darkness) de Mario Macilau, 2015 (Art Paris Art Fair)

Le commissariat de ce projet est confié à Marie-Ann Yemsi, fondatrice d’Agent Créatif(s), un atelier de conseil et de production culturelle orienté vers la promotion des artistes émergents du continent ­africain et des diasporas. « Le marché de l’art a toujours besoin de nouveauté. Après l’Inde, l’Asie et le Moyen-Orient, l’Afrique constitue le dernier continent à défricher, explique-t-elle. Cet intérêt que suscite la scène africaine coïncide d’ailleurs avec un intérêt économique, au sens large, pour ce continent, à l’heure où certaines régions d’Afrique connaissent des taux de croissance inouïs. » La commissaire, promet de belles découvertes "Il y aura des noms déjà connus mais aussi de nombreux à découvrir. Notamment les artistes angolais des galeries ELA-Espaço Luanda Arte et Tiwani Contemporary, les Ougandais Sanaa Gateja et Eria Sane Nsubuga présentés par Afriart Gallery et l'Agence à Paris, les dessins du togolais Sadikou Oukepdjo et ceux du tunisien Atef Maatallah ou encore les sculptures murales de Moffat Takadiwa originaire du Zimbabwe."

(Kura Shomali Sans titre , 2015 Peinture 100 x 73 cm Magnin-A, Paris)

(Maory Prince Mensonge téléphonique, 2016 Peinture 133 x 113 cm 1,242 South-East)

Selon Marie-Cécile Zinsou, une «fierté africaine est en marche» tandis quepour Simon Njami, commissaire d'expositions et critique d'art, "Il y a eu un temps où faire de grands bastringues autour de l’Afrique a été un mal nécessaire. Car elle avait besoin de se montrer, d’être entendue. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Car il y a désormais une meilleure reconnaissance des artistes et de leur travail. Mais il demeure toujours un plafond de verre qu’il faut briser. Le problème n’est donc pas d’éviter toute manifestation ayant un label « Afrique ». Tout dépend de ce que l’on y met et pourquoi." A Marie-Ann Yemsi de conclure " Les nouveaux imaginaires viendront de l'Afrique."

Niankoye Lama, l'Afrique au cœur

Le parcours artistique de Niankoye Lama commence dans sa ville natale Nzérékoré du côté méridional de la République de Guinée. Sa passion pour le dessin et la peinture le pousse à aller à l'école nationale des Beaux-arts de Conakry dans les années 70.
Diplômé d'arts graphiques, il fréquente différents ateliers et expérimente plusieurs techniques. Très attentif au monde des formes et des couleurs, il commence par copier passionnément la nature. Il voyage dans son pays, en Côte d'Ivoire,  et finalement en France  où il s’installe en 1990. Sa ville natale est une grande ville d'environ 300 000 habitants au centre de laquelle se situe un grand marché. Dans ce marché entouré de quelques flamboyants, le visiteur est tout de suite attiré par le mouvement et les couleurs. Le marché de Zalee reste son éternelle source d'inspiration. De manière générale, l’atmosphère tropicale des marchés et villes africaines nourrit sa création. La thématique africaine avec son patrimoine constitue une base dont il ne se départit pas mais qu’il essaie d’interpréter d’une manière personnelle. Les tâches vaporeuses de couleur retranscrivent l’impression de mouvement et de tumulte propre à ces lieux d’échange. Ses œuvres sont une véritable fête des sens pour le spectateur.

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