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L'énigme Le Nain

7 septembre 2017

Dans le même atelier, les trois frères posent une unique signature sur leurs toiles : Le Nain. Sans jamais savoir quel coup de pinceau appartient à quel peintre, les frères Le Nain entretiennent le mystère autour de la composition de leurs toiles et demeurent encore aujourd’hui une source inépuisable de questionnements.

Louis, Antoine et Mathieu

Originaires de Laon, commune située dans la région des Hauts-de-France, Louis, Antoine et Mathieu Le Nain sont trois peintres du XVIIe siècle. Dans l’histoire de l’art, le parcours de ces trois frères peintres fascine et comporte de nombreuses interrogations. En effet, les historiens ne détiennent que très peu d’informations sur la vie et la formation des frères Le Nain si bien que l’on ne connaît pas avec exactitude leurs dates de naissance, on ignore également quel a été leur apprentissage à l’égard de la peinture. En revanche on sait que leur père Isaac appartenait à la bourgeoisie naissante et qu’il possédait quelques terres à Bourguignon. Célèbres parmi leurs contemporains, les frères Le Nain assuraient diverses commandes officielles. Ils ont ainsi réalisé des œuvres comme le portrait de la municipalité de Paris, le décor de la chapelle de la vierge au couvent des Petits-Augustins et composent même un portrait de la reine Anne d’Autriche. A cet égard, le roi Louis XIII dira : "La reine n'a jamais été peinte dans un si beau jour".

(Louis et Mathieu Le Nain, "Triple portrait", vers 1646-1648)

Connus et reconnus, les frères Le Nain montent à Paris dès 1623 et intègrent l’Académie Royale dès 1648. Les frères signent alors leurs toiles d’un seul nom sans que l’on puisse finalement distinguer le coup de pinceau d’Antoine de celui de Louis ou de Mathieu. Le trio éclate brutalement en 1648 à la mort d’Antoine et de Louis. Mathieu, le benjamin des Le Nain, leur survivra pendant 30 longues années et n’aura de cesse de vivre pour peindre.

Un pour tous et tous pour l'Art

En matière d’art, les frères Le Nain se distinguent par leur technique, leur méthode mais aussi par leurs thèmes. S’il est vrai que les frères aiment reprendre des toiles inachevées ou peindre à quatre mains (ce qui rend d’autant plus compliqué l’authentification des toiles par les historiens !) Antoine, Louis et Mathieu ont chacun leur propre personnalité artistique. La toile intitulée Triple portrait est à cet égard très éloquente. S’il est attesté que les portraits de gauche sont de Louis, le personnage de droite serait de Mathieu. Ainsi, les historiens d’art décrivent le travail d’Antoine comme un travail de miniature sur du cuivre. Mathieu quant à lui compose des toiles aux sujets majoritairement religieux. Enfin, Louis s’intéresse aux personnages humbles tels que les paysans, les agriculteurs et les éleveurs. Les frères se distinguent aussi par la qualité de leur travail. Ainsi, les historiens de l’art s’accordent à dire que Louis est le plus talentueux des trois frères. Antoine pèche par la maladresse de ses proportions. Le style de Mathieu, quant à lui, reste un peu trop proche de celui d’un Caravage. Il aime les contrastes et les couleurs très fortes comme le bleu et le rouge. Mathieu compose aussi des toiles encombrées de personnages et aime jouer avec les ombres et les lumières. Louis semble le seul à véritablement tirer son épingle du jeu puisqu’il est le premier à s’intéresser de près à la vie et à la représentation des paysans. Malgré leurs différences, les frères Le Nain composent leurs œuvres ensemble et révolutionnent la conception de l’art  en introduisant dans la peinture des enfants, des paysans et même des animaux comme les chiens, les chats ou encore les ânes.

(Louis Le Nain, "Famille de paysans", vers 1642)

(Antoine Le Nain, "Les petits joueurs de cartes", vers 1640-1645)

A ce sujet, Nicolas Milanovic, chef du département peintures du Louvre et spécialiste des frères Le Nain, explique : « Lorsqu’on regarde les tableaux des paysans des frères Le Nain, on a l’impression d’une vérité, on a l’impression d’être entré dans les familles paysannes et pourtant lorsque l’on regarde de plus près on remarque des incohérences. Il y a un verre en cristal dans un intérieur paysan, c’est tout à fait singulier. On va trouver des petits chiens comme le bichon bolonais alors que c’est un chien des bourgeoisies urbaines, pas du monde paysan. Ils sont les premiers à peindre les plus humbles mais, en même temps, ils transforment sans doute leurs toiles pour le public qui va acheter ces tableaux et qui attend certains éléments qu’il n’y a pas dans le monde paysan ». L’immobilité, le silence et la présence d’un regard intense dans la figure des paysans ajoutent de l’authenticité aux toiles.

Louvre-Lens et les frères Le Nain

Illustres peintres du XVIIe siècle, les frères Le Nain tombent pourtant dans le plus grand des oublis dès la mort du dernier des frères (Mathieu) en 1677. Il faudra alors attendre la moitié du XIXe siècle pour que le critique d’art et journaliste, un certain Champfleury, redécouvre le talent des trois frères. En 1978 une première exposition regroupe une soixantaine d’œuvres authentifiées. 40 ans plus tard c’est au tour du Louvre-Lens de mettre les frères Le Nain à l’honneur à travers une exposition. Intitulée « Le Mystère Le Nain », l’exposition se tenait au Louvre-Lens de mars à juin et regroupe 75 toiles d’Antoine, Louis et Mathieu Le Nain. Une occasion de (re) découvrir les toiles de ces artistes aussi libres qu’énigmatiques.

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