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La fièvre jaune de William Turner

Si l'histoire de l'Art est faite de multitude de couleurs, certains créateurs ont bâti leur corpus artistique sur une teinte qui leur est chevillée. Le bleu de Klein ou l'outrenoir de Soulages font partie des pigments mythiques. Bien que moins connu, le jaune de Turner l'est tout autant.

La chasse à l'ocre

Aujourd'hui, les Britanniques l'érigent comme le plus grand de leurs peintres. Pourtant, hier ils se moquaient. Ses contemporains et la critique prennent un malin plaisir à décrier régulièrement sa fâcheuse tendance à mettre des tons ocre partout sur ses toiles de peinture. Accusé de surcharger ses œuvres , les critiques le disaient atteint de fièvre jaune et raillaient son "jaune moutarde" : "Ce gentleman avait l'habitude de peindre avec de la crème et du chocolat, du jaune d'œuf et de la gelée de cassis... Ici, il offre toute sa batterie d'ustensiles de cuisine". Nombre de ses tableaux sont alors perçus comme un amas de matière abracadabrantesque et brouillon. Pourtant, William Tuner, qui est de nos jours considéré comme le Maître de la Lumière, n'avait que faire de ces réactions jalouses. Aussi impertinent qu'audacieux, il lui arrivait même d'en plaisanter, aucun critique ne put l'en faire démordre : le jaune sera la couleur souveraine de sa palette.

Le péril jaune

"Turner est décidément un peintre original ; plus encore, peut-être, que tout autre artiste britannique jamais produit. Il n’a pas d’égal dans sa connaissance des couleurs ; c’est cette supériorité qui lui procure beaucoup d’admiration et beaucoup d’ennemis." C’est ainsi que le Gentleman’s Magazine décrivait Turner en 1829 à l'apogée de sa carrière.

La grande innovation de William Turner réside dans son utilisation de la lumière. Chaque œuvre, chaque toile, chaque tableau est immergé dans un voile doré et la lumière semble irradier de l'intérieur. Cette dernière revêt chez Turner un véritable caractère métaphorique et spirituel : d'une part, elle prône la toute puissance du soleil, d'autre part elle fait référence à la théorie des couleurs du lettré Johann Goethe, qui leur accorde une dimension symbolique. Pour l'écrivain allemand, les tons froids sont associés à des valeurs négatives, tristes et pessimistes, tandis que les tons chauds sont eux liés aux valeurs positives et optimistes. Le jaune, couleur de l'or et du soleil, est synonyme de vitalité et de force. Cette couleur noble éblouit et fascine William Turner.

La plus belle de ses notes

Il est des couleurs mal-aimées par l'histoire de l'Art. Le jaune en est de celles-ci. Certes, un certain Van Gogh en use avec virtuosité en plein cœur de sa période dite provençale, mais, d'ordinaire, les peintres préfèrent en jouer par petites touches discrètes. William Turner, lui, en use sans limites pour faire surgir des mondes ou brosser les flammes du ciel de Gênes, le coucher de soleil sur les vagues de l'Atlantique, les nuages d'Ecosse, les puissants brouillards vénitiens...

Après s'être écarté des standards académiques pour éclaircir ses toiles, William Turner profite avidement de la Révolution Industrielle, qui vit naître toutes sortes de nouveaux pigments. Assoiffé de peinture et friand de nouvelles expériences chromatiques, Turner les utilise dès leur arrivée sur le marché. Premier sur le sol britannique à tester le bleu de cobalt, produit à partir de 1802, il se met dès 1814 aux tout nouveaux jaunes de chrome et chrome citron clair, qui viennent détrôner ses ocres ancestraux. Commissaire de l’exposition "Turner et la couleur", durant l'été 2016 à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, Ian Warrell analyse ainsi sa technique : "Il structure ses morceaux autour d’une dominante chromatique et construit une composition harmonieuse à partir d’un choix d’accords de base."

Le jaune est la clé de voûte et la plus belle note des symphonies colorées de Turner. Elle contrebalance de façon acidulée les papiers bleus qu'il dégotte à Bath et dont il apprécie se servir en voyage. Elle flirte langoureusement avec l'abstraction, Clair de lune bleu sur sables jaunes, en petite aquarelle qui enserre tout un monde. Elle se ravive, quand Turner épouse le soleil de Provence et d'Italie. Enfin, à Venise, elle se permet toutes les fantaisies, quand mille nuances de jaune irradient son Départ pour le bal (1846) : légèrement diffus ou travaillés bestialement au couteau, accentués de rehauts de blanc, le ciel et la mer se mélangent, dansent ensemble et se confondent. Et, vers la fin, c’est un déluge. Dans le tableau Lumière et couleur-Le matin après le déluge, une tempête solaire emporte au loin Moïse, ce qui fera dire à Monet : "Turner savait peindre les yeux ouverts". Même en son ultime lieu de retraite à Margate, au sud-est de Londres, dans la grisaille de la pluvieuse côte du Kent, Turner insuffle au petit village des teintes australes et colorées. Pour son rival John Constable, "il semble peindre avec de la vapeur teintée, si évanescente et si aérienne". Ce jaune a des pouvoirs : il est à la fois couleur et lumière. Allié idéal pour un peintre qui, comme nul autre, sut jouer sur les transparences et les nuées.

Ode Droit et l'étude de la lumière

Ode Droit est une peintre accomplie, qui, depuis une dizaine d’années, se consacre exclusivement à son expression personnelle et à son sujet de prédilection, l’étude de la lumière. S’inspirant des travaux de maîtres tels que William Turner, Nicolas de Staël et Mark Rothko, Ode Droit cherche à retranscrire dans ses œuvres l’émotion qui se dégage de la contemplation des paysages et d’en révéler l’intensité lumineuse toujours inconstante et riche de nuances. De plus en plus tournée vers l’épuration, sa pratique plastique a évolué grâce à la multiplicité des techniques utilisées : l’acrylique, l’encre et la cire à l’eau. Cette palette de création lui permet de constamment jouer avec la transparence des couleurs pour essayer d’en extraire la lumière et de traduire son rayonnement dans une nature environnante, éternellement changeante.

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