Livraison offerte dès 300€ d'achat

La mode est-elle un art ?

7 février 2019

Le vent de la Fashion Week souffle à nouveau sur les podiums, apportant plus que jamais de véritables performances artistiques au cœur des défilés.

Tiraillé entre deux idéaux, nous sommes alors en droit de nous poser la question sacrée… La mode est-elle oui ou non un art ? C’est un sujet qui fait s’interroger les sociologues et constitue les débats de nombreuses conférences.

Si on s’en tient à la classification actuelle de la mode, elle est rangée dans la catégorie des arts appliquées et ne fait pas partie des neuf arts majeurs. On lui autorise alors seulement une dimension artistique et créative.
En effet, on prête à la mode un côté utilitaire qui ne doit pas se manifester dans l’art. De plus, on peut s’accorder pour dire que son processus de création est limité par des contraintes économiques et stratégiques. N’oublions pas que la majeure partie de la mode est représentée par le prêt-à-porter. Le but des designers est donc de vendre des vêtements, ce qui implique de suivre les tendances. Cette contrainte supplémentaire s’oppose elle aussi bien-fondé de l’art.

Cependant, l’univers de la haute couture nous amène de plus en plus à penser différemment. Car si elles sont toujours soumises à des contraintes (la forme du corps par exemple), on se rend bien compte que les créations sont moins utilisées à être portées que regardées.

Une entrée dans les musées

Aujourd’hui, de nombreux défilés sont devenus de purs moments de création, proposant un réel spectacle pour le public.

Parmi la nouvelle génération de créateur, des talents tel qu’Iris van Herpen, surnommée la fashion prêtresse High tech, réalisent de véritables exploits artistiques, techniques et optiques. Ainsi, les ‘’robes d’eau’’ de la jeune couturière, dévoilées lors de la fashion-Week d’Amsterdam en 2010, nous poussent à croire que la frontière entre l’art et la mode s’efface. Bien qu’elle revendique le fait que ses créations sont destinées à être portées, ces dernières quittent les podiums pour atterrir dans les musées.

cecile-beaton-pollock

De plus en plus de prestigieux musées exposent d’ailleurs la mode : le musée des Arts Décoratifs accueille l’exposition Christian Dior, Balenciaga s’invite au musée Bourdelle, tandis que des pièces de couturier se vendent à prix d’ors pendant les défilés organisés au Metropolitan Museum of Art de New York.

Mais la question reste entière : la mode est-elle exposée à coté de l’art, ou est-elle un art à part entière ?

Une étroite relation…

On ne peut le nier… la couture et la peinture s’attirent. Une fascination existe entre les deux disciplines.

Si on observe de près l’univers de la mode, on s’aperçoit qu’il a toujours été entremêlé de différents mouvements artistiques : le surréalisme, l’art nouveau, le dadaïsme, le cubisme ou encore l’art abstrait. Ainsi, au fil des époques, les couturiers viennent emprunter l’imaginaire aux peintres.
Comme si, pour ne pas être étiquetée de futilité, la mode allait puiser ses lettres de noblesse dans les grands courants de l’histoire de l’art.

Un exemple ayant marqué les podiums ? Yves Saint Laurent et ses robes affichant les compositions abstraites du peintre Mondrian, ou encore les silhouettes féminines de l’artiste Wesselmann dans les années 60.

mondrian-ysl

Si les créateurs ne tentent pas de fondre une toile sur leurs modèles, ce sont les photographes de mode qui entreprennent de fondre les modèles dans une toile, à l’instar de Cecile Beaton qui avait photographié des mannequins devant des œuvres de Pollock. Cette démarche avait d’ailleurs suscité divers débats, car de nombreuses voix clamaient qu’on ne pouvait décemment pas se servir des œuvres de l’artiste comme ‘’papiers peints’’

pollock-cecile-beaton

On pourrait croire que seul le créateur de mode recherche cette proximité avec l’artiste. Mais la passerelle entre les deux univers est bien à double sens : les artistes ne tergiversent pas une seconde quand il s’agit de rejoindre l’univers fashion. Ainsi le sculpteur Erwin Wurm s’était pris au jeu de transformer la boutique Hermes du Faubourg Saint Honoré, tandis que le plasticien Daniel Buren décore en 2017 la Fondation Louis Vuitton.

La mode comme porteuse de message

Yves Saint Laurent soulevait l’idée que la mode était là pour exprimer les non-dits de ce monde. En ce sens, on lui attribue volontiers une dimension artistique, car une des caractéristiques premières de l’art est de porter un message. Il est vrai qu’au fil des décennies, les créateurs ont parfois utilisé leurs pièces pour véhiculer une idée forte, dénoncer, choquer, voire influencer les mœurs.

Ainsi, dans les années folles, alors que les femmes commençaient à se libérer politiquement et professionnellement, Coco Chanel va largement participer à cette émancipation en créant un nouveau style de femme active et ira même jusqu’à choquer sa génération en s’octroyant des pièces du vestiaire masculin. Yves Saint Laurent prolongera cet élan de modernité pour la femme avec des silhouettes aux antipodes de l’ultra féminité.

Aujourd’hui, de véritables messages revendicateurs défilent clairement sur les podiums, avant de se retrouver à plus grande échelle dans le prêt-à-porter. C’est ainsi que les tee-shirts aux messages féministes sont devenus les best-sellers de nos enseignes de prêt-à-porter la saison dernière.

Le couturier pourrait donc parfaitement être assimilé à un artiste, car il contribue de près ou de loin à une prise de conscience.

Du passé au présent…

Alors, malgré toutes ces fortes caractéristiques flirtant avec celles de l’art, que manque-t-il à la mode pour rentrer dans la catégorie suprême ?

En dernier recours, on peut penser que c’est l’aspect éphémère de la mode qui dérange. En effet, il existe un véritable challenge de création rapide dans l’univers des podiums. Tout va très vite et les Fashion Week se succèdent. La mode suit les tendances éphémères, alors qu’on demande à l’art de garder sa valeur à travers le temps.

Mais alors que dire du Tailleur Bar de Christian Dior, du sac 2.55 de Coco Chanel, ou encore du smoking d’Yves Saint Laurent ? Ces pièces, tout droit sorties du génie de grands couturiers pour rentrer dans l’histoire et la mémoire collective ? Ces pièces qui ont échappé à l’évanescence des tendances pour traverser les décennies sans prendre une ride ?

Les créateurs semblent comprendre que la reconnaissance de leur création en tant qu’œuvre d’art passe par cette pérennité. Certains œuvrent donc pour que leurs pièces rentrent dans la légende en exposant dans des musées privés, comme Gucci.

Alors, en l’état actuel des choses, on approuvera peut-être le point de vue d’Yves Saint Laurent : « La mode est un métier qui n’est pas tout à fait un art, mais qui a besoin d’un artiste pour exister… »

give-art-gift-voucher

turn-your-phone-into-a-piece-of-art-app-mobile