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Le Caravage, entre ombres et lumière

Une vie démente, à toute vitesse, entre succès artistique, excès et démons personnels, puis l'amnésie. La lumière, puis l'ombre. Le Caravage, a révolutionné la peinture, inspirant même des artistes plus de 400 ans après sa mort.

L'immortalité sociale

Touchés par une fuite d'eau en avril 2014, les propriétaires d'une maison de la région toulousaine ne s'imaginaient pas faire une telle découverte en ouvrant une sous-pente de leur toiture. Reposait alors tranquillement dans leur grenier une toile rapidement supposée comme étant de la main du Caravage et estimée à plus de 120 millions d'euros.

(Devant l’huile sur toile de 144 x 173,5 cm, les experts du cabinet Turquin)

Bien que jamais authentifiée officiellement comme une œuvre du Caravage, de nombreuses analyses furent menées par des comités d'experts dont le dernier date de février 2017, la toile fait encore couler aujourd'hui des océans d'encre plus de quatre siècles après la disparition du peintre. Comme un clin d'œil appuyé à un artiste qui a toujours su faire parler de lui. De ses tableaux révolutionnaires à ses séjours en prison, de sa technique particulière à ses nombreuses bagarres et cavales, Le Caravage n'a jamais laissé personne indifférent du XVIème siècle à nos jours.

Quand Michelangelo Merisi devint Le Caravage

Michelangelo Merisi, de son vrai nom, a vu le jour en septembre 1571. Le Caravage, ainsi nommé d'après sa ville natale, bien que l'Histoire ignore toujours s'il est né à Milan ou à Caravaggio, petit village de Lombardie proche de Bergame. Toujours est-il qu'une chose est certaine, c'est qu'il a passé une bonne partie de son enfance dans les ruelles de ce dernier cité où son père officiait comme contremaitre, maçon, architecte et intendant du marquis de Caravaggio. Bien qu'issu d'une famille modeste, Michelangelo découvre littéralement la misère lorsque la peste emporte son grand-père, son père et l'un de ses petits frères. Veuve et en charge de quatre enfants, sa mère, Lucia Aratori sera emportée par la mort une poignée d'années plus tard alors que Michelangelo vient à peine d'entamer sa treizième année.

Côtoyant pendant quatre ans l'atelier de Simone Peterzano, le jeune Merisi apprivoise le style vénitien, l'école Lombarde avec son luminisme expressif et ses détails vrais, le dessin, la peinture à l'huile, les fresques mais aussi et surtout le portrait et la nature morte. En 1592, il part pour la capitale du monde et de l'Art : Rome. Il mène dans la ville aux Sept Collines une vie rude et difficile travaillant pour des peintres comme Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin, peintre attitré du pape. Ses premières œuvres de jeunesse sont en grande majorité des portraits énigmatiques et il peint des scènes de genre comme Garçon avec un panier de fruits (1593) ou encore Les Musiciens (1595). Remarqué alors par le Cardinal Francesco Maria Borbone del Monte, qui lui achète Les Tricheurs (1595), Le Caravage, grâce à cette rencontre, fait son entrée dans une nouvelle dimension.

Un peintre clair-obscur

Accédant au statut d'artiste protégé, Le Caravage loge dans le Palais Madame, l'actuel immeuble du Sénat, du Cardinal del Monte et après avoir honoré de nombreuses peintures pour des collectionneurs privés, il obtient grâce à ses nouvelles relations de prestigieuses commandes de peintures religieuses. Cependant, nombre d'entre elles sont régulièrement refusées pour leur excès de réalisme qui est considéré comme blasphématoire par ses commanditaires ecclésiastiques. Son approche singulière bouscule, il est vrai, tous les codes de l'époque. S'il suscite l'admiration d'un côté, de l'autre il s'attire les foudres des puristes qui critiquent avec véhémence son manque d'apprentissage formel et l'absence d'esquisses de préparation, car il dessine directement sur la toile et peint ensuite. Le choix de ses sujets soulève également la controverse. En effet, loin des représentations idéalisées des personnages bibliques, il choisit des modèles humains et surtout populaires, des marginaux, prostituées, mendiants, gamins des rues... Sa peinture tranche avec le maniérisme et sa plus grande innovation se situe alors dans l'utilisation de la lumière et de l'ombre.

Caravage joue énormément avec le contraste lumière-obscurité. Sur un fond sombre, la scène principale est éclairée comme une scène de théâtre. L'éclairage, lorsqu'il ne provient pas d'une source difficilement identifiable à l'intérieur même de l'œuvre, est souvent latéral et participe avec violence au modelé ciselé des corps. Le Caravage crée la profondeur sans avoir recours aux artifices de la perspective linéaire. Le fond sombre et l'absence d'arrière-plan rend la scène particulièrement intimiste tout en produisant une ambiance dans laquelle l'être humain est porteur d'une destinée ombrageuse aux accents souvent pessimistes. Son usage très novateur est alors appelé clair-obscur ou chiaroscuro. Une notion qui s'applique parfaitement à la vie décousue du peintre, entre ombres et lumière.

En 1603, le peintre italien Giovanni Baglioni, porte plainte contre lui pour diffusion volontaire de poèmes aux accents diffamatoires, Le Caravage est incarcéré le 11 septembre et libéré le 25, grâce à l'intervention salvatrice de l'ambassadeur de France. En 1604, nouvelle arrestation au mois d'octobre, pour une agression contre un gendarme. En mai 1605, le peintre est arrêté pour port d'arme illégal, l'épée en l'occurrence, en juillet une plainte est de nouveau déposée conte lui pour coups et blessures sur un notaire cette fois-ci, Mariano Pasqualone, que Caravage blesse sérieusement au visage avec un poignard. Il part en cavale du côté de Gènes, puis présente ses excuses et la plainte est retirée. L'artiste revient à Rome et en 1606, Le Caravage doit à nouveau s'enfuir après avoir tué un homme en duel,, un certain Ranuccio Tomassoni, il rejoint Naples, puis Malte et la Sicile pour échapper à sa condamnation à mort par décapitation.

Une fin sombre et un héritage tardif

Malgré son tempérament excessif, sanguin et bagarreur, malgré sa fuite, depuis Naples ou Malte il continue à recevoir des commandes de collectionneurs privés et explore une nouvelle approche de la peinture plus méditative, plus sombre et ténébreuse, sans doute marquée par la culpabilité et la mort qui flotte au dessus de sa tête. A peine fait chevalier de l’Ordre de Malte, il est de nouveau pris dans une bagarre, et arrêté. Là encore, il préférera l’évasion, ce qui lui vaudra l’exclusion de l’ordre. Il part alors en Sicile, puis retourne à Naples. C’est un homme torturé, guidé par l’urgence de peindre, qui ne pense qu’à une chose : revenir à Rome. L’ombre envahit sa peinture, où il accentue la simplicité des scènes, toujours plus saisissantes et violentes. Il meurt des suites d'une fièvre à l'âge de 39 ans dans le village toscan de Porto Ercole en 1610 alors qu'il était en route pour Rome et qu'il avait appris que le pape était disposé à lui accorder sa grâce.

Mon métier est celui de peintre. Quand je dis qu'un homme a du talent, je veux dire qu'il réussit dans son art ; ainsi, un peintre de talent est un peintre qui peint bien, et qui imite bien les choses de la nature.

Présent à Rome jusqu’en 1606, Le Caravage y provoqua une véritable révolution picturale. Son luminisme dramatique, ses couleurs violemment contrastées, le réalisme exacerbé et l’expressivité de ses personnages provoquèrent admiration et rejet parmi ses contemporains. En Italie, il influença de nombreux artistes comme Orazio et Artemisia Gentileschi, Guido Reni et Bartolomeo Manfredi. Le Caravagisme se diffusa rapidement en Europe durant les trente premières années du XVIIème siècle, grâce aux nombreux peintres étrangers de passage à Rome : les Français Nicolas Régnier, Valentin de Boulogne, Georges de la Tour, Claude Vignon et Simon Vouet, les Hollandais Gérard van Honthorst et Dirck van Baburen. L’Art du Caravage eut également une forte influence sur la création de peintres importants comme Pierre Paul Rubens, Rembrandt, Murillo, Ribera et Velázquez. Le mouvement caravagesque est, dans les années 1620, le premier courant de peinture européenne après le maniérisme. Aujourd'hui certains artistes du XXIème siècle se réclament encore de Caravage. Nombreux sont les photographes, les réalisateurs de cinéma qui reconnaissent son influence, comme Martin Scorsese, Pedro Costa, Pier Paolo Pasolini ou Jarman. L'Europe du temps de Caravage n'était tout simplement pas prête à recevoir cette vérité brute, ordinaire et triviale à laquelle il souhaitait faire place dans la peinture. Tant pis, les générations suivantes auront su s'en nourrir, dans leurs inspirations, dans les musées et même dans les greniers.

Virignie Mézan de Malartic, peintre du contraste

"La lumière, naturelle ou artificielle, met en évidence les contrastes que je veux donner à mes œuvres. C’est une peinture de l’Etre, avec ses zones d’ombres et de lumières, jouant sur les émotions, et les ressentis. Le ou les personnages, toujours inscrits dans un moment présent, mettent en pause leur parcours personnel et laissent la place à une réflexion sur eux-mêmes, sur le devenir de leur propre existence."

A l'instar du Caravage, Virginie Mézan de Malartic travaille avec exaltation ses œuvres jouant entre clair et obscur. Explorer cette lumière, naturelle ou artificielle, jouer avec les zones d’ombres et de lumières, permet à l’artiste de mettre à jour un panel d’émotions, de ressentis. Pris sur le vif, les personnages qui composent ses tableaux se trouvent figés dans un moment, comme suspendus hors du temps, interrompant leur course, et laissant place à la réflexion, à l’introspection. Ses compositions invitent ainsi le spectateur à contempler les scènes universelles de la vie quotidienne qui demeurent parfois des voyages mystérieux.

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