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Le marché noir de l'Art

28 septembre 2017

En 70 avant Jésus-Christ, les faussaires couraient déjà les rues siciliennes et les vols d’objets d’art allaient bon train. Aujourd’hui, c’est un véritable marché noir de l’Art qui s’est développé en Italie et aux quatre coins du monde. Focus sur les pratiques de la mafia, centre névralgique de ce trafic culturel.

L’art et les gens sales

Berceau de l’art antique, l’Italie possède un riche patrimoine culturel. En Toscane ou ailleurs, elle affiche dans ses rues et dans ses musées les toiles des plus grands peintres de la Renaissance. Peuplée d’églises majestueuses, de châteaux monumentaux et de musées en tout genre, l’Italie attire aussi, pour son plus grand malheur, l’œil concupiscent des trafiquants. Effectivement, depuis quelques années les mafias italiennes, La Camorra, La ‘Ndrangheta et La Cosa Nostra en tête, s’intéressent de près à ce marché très lucratif.

L’art est ainsi devenu le troisième marché illégal au monde après la drogue et les armes. En effet, le trafic d’œuvres d’art présente de nombreux avantages pour les trafiquants qui voient là un investissement à long terme, les œuvres prenant de la valeur au fil des années. Roberto Saviano, auteur du roman Gomorra qui décrit les pratiques de la mafia napolitaine explique à ce sujet : « Aujourd’hui, l’art est le principal canal de recyclage de l’argent sale. Parce qu’une toile du Caravage laisse moins de traces qu’une montagne d’argent, on peut la déplacer facilement et c’est un investissement relativement sûr ». Ainsi, les œuvres d’art deviennent un moyen discret de corruption. L’auteur de Gomorra relate par exemple l’histoire d’un juge italien corrompu avec une œuvre de Botticelli. Prisées par les mafieux, les œuvres d’art assurent un certain prestige social en même temps qu’un certain prestige économique.

(Oeuvre de Sandro Botticelli)

A cet égard le spécialiste de la Camorra, Marcello Ravveduto, explique : « Les mafieux n’aiment pas le beau mais les apparences. Ils appartiennent à l’oligarchie des gens riches et veulent en adopter les codes [Les œuvres d’art ont] d’abord été l’expression d’un pouvoir social avant d’être, plus récemment, celle d’un pouvoir économique ». Ainsi Massimo Carminati, surnommé « le Dernier Roi de Rome » possédait plus d’une centaine d’œuvres dont des Picasso, des Guttoso, des Pollock et des Warhol. Derrière ce trafic d’art, c’est une fine organisation qui s’établit. Des pilleurs de vestiges antiques que l’on surnomme les « tombaroli » aux marchands d’art en passant par les restaurateurs d’objets d’art, les œuvres passent entre différentes mains avant de finir souvent bien loin de leur pays d’origine. C’est ainsi qu’un vase antique déterré par un paysan italien en échange d’un cochon a fini par atterrir dans la vitrine d’une une galerie d’art en Suisse.Massimo Carminati

(Massimo Carminati)

Pour générer toujours plus d’argent (on estime un chiffre d’affaire avoisinant les 10 milliards de dollars pour ce trafic) les mafieux n’hésitent pas à opérer de véritables cambriolages dans les plus grands musées. Ainsi, comme le rapporte Olivier Tosseri dans son article « Quand la Mafia fait main basse sur les œuvres d’art », en novembre 2015 des œuvres de Rubens, du Tintoret et de Bellini d’une valeur de 15 milliards d’euros au total ont été dérobés au musée de Vérone et ont fini par être retrouvés en Ukraine. La mondialisation et l’intense flux des marchandises rendent aujourd’hui d’autant plus compliquée la traque des œuvres et l’on estime à 90% le nombre d’œuvres volées jamais retrouvées.

 A la recherche des œuvres perdues

Victime d’un pillage à grande échelle, l’Italie intensifie la traque des faussaires. Pour lutter contre le vol et le trafic d’art, les carabinieri mettent en place une importante structure qui mobilise limiers, historiens d’art et archéologues. Dans son article « Quand la Mafia fait main basse sur les œuvres d’art », Olivier Tosseri revient sur l’organisation des caribinieri et détaille : « Ils sont 250 hommes environ répartis dans les quinze centres opérationnels disséminés sur l’ensemble du territoire italien ». A ce déploiement s’ajoute l’utilisation du logiciel Leonardo qui constitue la plus grande banque de données d’objets d’art au monde et permet aux enquêteurs d’identifier la réelle valeur des objets d’art.Vases antiques retrouvés par les carabinieri

Le général de brigade Fabrice Parulli quant à lui souligne le rôle d’internet dans la chasse des trafiquants: « Internet et l’e-commerce ont donné de nouvelles opportunités aux criminels mais nous ont également donné des moyens plus efficaces pour retrouver les œuvres ». Depuis les sites de vente en ligne, la police surveille l’échange de marchandises et repère les œuvres suspectes. Ce cyber contrôle illustre parfaitement la volonté du gouvernement à travailler de concert avec « les grandes institutions culturelles » pour établir une politique d’acquisition plus transparente.

Malgré tous les moyens mis en place la tache reste ardue pour la police qui voit ces pratiques se multiplier un peu partout en Europe et à l’étranger. Ainsi concernant le cas du célèbre trafiquant de la Cosa Nostra, Gianfranco Becchina, le FBI avait ouvert un dossier d’enquête et recensé plus de 13 000 pièces comprenant entre autres « fausses factures, bulletins de livraison truqués et certificats maquillés ». Certains musées organisent parfois l’exposition des œuvres d’art de célèbres trafiquants. C’est le cas pour le Palais de la culture de Reggio de Calabre qui accueille depuis le 7 Février 2017 l’importante collection du trafiquant Gioacchino Campolo, condamné à 18 ans de prison pour ses activités mafieuses. Une manière comme une autre de ramener ce marché de l’ombre dans la lumière.

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