Qui êtes-vous, Pierre Soulages ?

4 février 2020

Il a fêté son centième anniversaire le 24 décembre 2019 et peint encore avec passion : l’artiste français Pierre Soulages, maître absolu du noir, est partout. Il a fait la une de tous les magazines d’art et est l’objet de différents ouvrages récents, mis en avant sur les étals des librairies – dont un roman de l’écrivain et poète Christian Bobin (Pierre, (2019), Gallimard). Surtout, Soulages est au centre de deux belles expositions rétrospectives. L’une, au musée Fabre de Montpellier, met en lumière son œuvre avec un regard littéraire, grâce à de nombreuses notes et archives de l’artiste. L’autre, qui restera dans les mémoires, réunit au musée du Louvre 73 années de création en une sélection restreinte, mais éblouissante, de peintures datées de 1946 à 2019.

 

Natif de Rodez

Une question se pose alors : mais qui est donc Pierre Soulages, le plus célèbre peintre monochrome de l’Histoire de l’art ? Reprenons au début. Né en 1919 à Rodez dans l’Aveyron (ville qui accueille depuis 2014 un musée lui étant entièrement consacré), Soulages perd son père tôt et grandit entouré de sa sœur et de sa mère. Il se met à dessiner dès sa plus tendre enfance et visite avec intérêt les sites archéologiques et patrimoniaux de sa région (dont l’abbatiale de Conques, qu’il retrouvera des années plus tard). Il entame des études à l’École des Beaux-Arts de Paris à l’âge de 18 ans, visite les grands musées et observe attentivement les toiles des deux géants du moment, Henri Matisse et Pablo Picasso… Mais il s’ennuie à Paris et revient à Rodez, où il peint sans relâche. La guerre arrive – heureusement, il est rapidement démobilisé. De 1946 à 1979, il se fait une place dans le monde de l’art en déclinant les abstractions avec du noir et du brou de noix – un colorant brun qu’il affectionne tout particulièrement.

1979, l’émergence de l’Outrenoir

1979 est une année charnière. Auparavant proche du style des peintres abstraits tels que l’Allemand Hans Hartung, Soulages définit un jour de janvier l’« Outrenoir »… Qu’il explique ainsi aujourd’hui : « je vois ça comme un autre pays, comme outre-Rhin, outre-Manche, une autre façon de concevoir la peinture ». Le relief arrive ainsi dans ses toiles : elles sont recouvertes d’une couche épaisse de peinture noire qu’il strie, sculpte, façonne. Là débute son jeu si singulier avec la lumière, qui glisse sur ses toiles et en fait apparaître les nuances et les aspérités, la matérialité et la spiritualité. Le commissaire de l’exposition du musée du Louvre, Pierre Encrevé, souligne avec puissance : « la lumière que Pierre Soulages aime, c’est la lumière qui vient du noir. Soulages s’adresse à votre obscurité. » Devant ses toiles, le visiteur est actif : il bouge, s’approche, s’éloigne, pour que la lumière se révèle de différentes façons.

 

Les vitraux noirs de Conques

La quête méditative de ses peintures sans titres – dotées simplement d’une date – se poursuit aujourd’hui : le musée du Louvre présente trois toiles hautes et étroites datant d’octobre 2019 (réalisées donc à 99 ans !), qui évoquent immédiatement les 104 vitraux conçus en 1994 par l’artiste pour l’église Sainte-Foy de Conques. Ceux-ci constituent sans aucun doute l’œuvre la plus emblématique de l’artiste. Ils s’inscrivent dans une architecture romane du XIème siècle – visitée et aimée par l’artiste dès son enfance. Pour cette commande singulière, Soulages a donc voulu défier la tradition des vitraux narratifs et polychromes en se confrontant à la lumière. Il a pour l’occasion créé un verre incolore, dont la couleur et l’aspect change au fil des heures. Striées de lignes noires, ses compositions vitrées évoquent le sacré en distillant une « clarté » émouvante, qui invite les visiteurs à se taire pour mieux en observer la mystérieuse texture…

Daniel Reymann, l’abstraction et l’aléatoire

Daniel Reymann est, comme Soulages, un méditatif ; car lui aussi accorde une attention toute particulière à la matière, et aux réflexions métaphysiques qu’elle peut faire naître chez le spectateur. « Enfant, je passais des heures à observer les reflets de lumière dans un verre d'eau », explique-t-il volontiers. Petit-fils d’un ébéniste qui l’a mis sur la route du dessin, Daniel Reymann a multiplié par la suite les expérimentations. Il explique : « J'ai touché à tout ce qui s'est présenté à moi. Je suis curieux de tout. Pour ce qui est de la peinture, mes préférences se sont arrêtées à l'huile, l'acrylique, une espèce de tempera et l'encre de Chine pigmentée. » Il aime l’erreur, l’improvisation, travailler dans une certaine urgence ; ses compositions abstraites portent des noms poétiques, comme Des choses visibles, ou Horizon incertain, révélant un peu des secrets de son univers poétique. Attentif aux couleurs et aux matières, Daniel Reymann nous incite à observer plus précisément le monde, ses lueurs et ses volumes, grâce à des toiles d’une très grande variété plastique.

                             Lignes ligneuses                                                                           Egalité

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