Joan Mitchell, peintre monumentale

14 juin 2017

Rare femme à avoir fait partie de l'école de New York et de son expressionnisme abstrait, Joan Mitchell est aussi une enfant de Claude Monet et de Van Gogh. Retour sur le parcours de la plus française des américaines, guidée toute sa vie artistique par la liberté du geste et la puissance de la Nature.

L'école de New York, si loin, si proche

Quand on évoque l'expressionnisme abstrait américain, certains noms sont d'emblée plus clinquants que d'autres. Les Jackson Pollock, Mark Rothko, Franz Kline ou Willem de Kooning attirent l'oreille et la lumière. Pourtant, au milieu de ces maitres absolus du colorfield painting ou de l'action painting, d'autres peintres du mouvement mériteraient qu'on s'attarde un peu plus sur leur histoire. Joan Mitchell est de ceux-ci. Mais il est vrai, pourquoi s'attarder sur une artiste qui n'a pas connu le destin misérable, tourmenté et frénétique d'un Rothko, qui ne dansait pas dans un tourbillon de peinture sur ses toiles comme un Pollock ? Tout d'abord et tout simplement parce que Joan Mitchell est une femme. Une des rares à avoir fait partie de ce mouvement né dans les ateliers new yorkais après la Seconde Guerre Mondiale et la Grande Dépression américaine. Mais réduire l'intérêt de Joan Mitchell à sa seule condition de femme serait faire injure à une œuvre et un travail qui sont beaucoup plus complexes et exaltants qu'on ne l'imagine.

Joan Mitchell est différente de ses homologues expressionnistes abstraits new yorkais. Fille de très bonne famille, fortunée, née à Chicago en 1925, d'une mère poète et d'un paternel médecin très réputé dans l'Illinois, qui se surprenait à se divertir en peignant des petites aquarelles sur le motif. Indubitablement influencée par les loisirs du Dr. Mitchell, la jeune Joan se tourne rapidement vers le milieu de l'Art. Dans cette optique, elle est inscrite au début des années 1940 au Smith College avant de se tourner en 1944 vers le tout autant prestigieux Art Institute of Chicago. Diplômée d'un Bachelor of Arts degree, elle complète sa formation par un Master of Fine Arts. Après ce parcours artistico-scolaire illustre et sans faute, Joan Mitchell termine son éducation picturale aux côtés de Hans Hofmann, fameux peintre allemand souverain du push and pull et à l'origine de l'expressionnisme abstrait et en voyageant en France, Espagne et en Italie.

L'expressionniste abstraite fan d'impressionnisme

Lorsque Joan Mitchell se lance officiellement dans une carrière artistique, elle se revendique influencée par Vincent Van Gogh, Paul Cézanne, Vasily Kandinsky et, même si elle ne l'avouera jamais, par Claude Monet. Elle intègre rapidement le groupe d'artistes de ce qu'on appelle alors l'école de New York. Cette "école" n'est pas vraiment un mouvement constitué mais une sorte d'approche partagée de la peinture autour de l'expressionnisme. Elle est donc affublée de cette étiquette aux côtés de cette génération de peintres représentée par Pollock, de Kooning, Motherwell, Newmann, Kline, Rothko ou encore Still.

Dès 1951, elle expose avec Robert Rauschenberg, Willem de Kooning et Robert Motherwell. L'année suivante, elle réalise sa première exposition personnelle. Lors d'un voyage à Paris, elle fait la rencontre des peintres Sam Francis et surtout du canadien Jean-Paul Riopelle, lequel deviendra son compagnon pour une vie commune souvent impétueuse et arrosée. En France, elle s'y sent bien, s'y installe en 1959 et les récompenses se multiplient. Le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris l'expose en 1982. Elle reçoit le Grand Prix National de Peinture en 1989. Initialement fixée à Paris, elle longe la Seine quelques années plus tard pour s'installer à Vétheuil, dans le Val d'Oise, dans la maison où avait vécu un certain Claude Monet. Elle déménagera une dernière fois, pour poser ses bagages, ses toiles et ses pinceaux dans une maison tout proche de Giverny en Normandie. Encore un lieu connu pour avoir accueilli... Claude Monet l'impressionniste.

Au nom de la liberté du geste

Pour saisir la peinture de Joan Mitchell, il faut précisément aimer la peinture. Pas la peinture pour l'histoire qu'elle raconte, celle qui illustre ou qui représente naïvement, mais la peinture dans sa plus profonde essence, dans l'absolu de sa couleur, sa matérialité et dans le geste qui la fait naître sur la toile. Elle disait elle-même que "sa peinture n'était aimée que par les peintres". Ses tableaux sont, pour la plupart, gigantesques. Mais sont-ils abstraits, ou sont-ils représentatifs de la Nature ? Nul ne le saura jamais vraiment. Ses toiles sont en tout cas le(s) lieu(x) d'une expérience gestuelle, sensible, sensorielle et sensuelle. Comme les poèmes de sa mère, ils sont d'une profonde impression. Un pied à New York avec ses homologues expressionnistes par dessus l'épaule et l'autre pied à Vétheuil et Giverny avec le souffle impressionnisme de Claude Monet. Pour les œuvres de Joan Mitchell, comme pour les dernières travaux des années 1920 de son mentor inavouable, on pourrait parler d'impressionnisme abstrait. Au delà de cette double descendance, Joan Mitchell c'est aussi du Van Gogh. Elle dédiera au peintre batave une série baptisée "Tournesols".

Il y a dans ses œuvres une pure liberté du geste, une appétence à peine voilée pour la couleur qui trouvent leur influence dans la nature et le monde végétal. Les titres de ses toiles sautent aux yeux comme des évidences, "The sky is blue, the grass is green" (1972). Se confiant au critique d'Art, Yves Michaud, elle disait en 1986 "Je peins, d’après des paysages remémorés que j’emporte avec moi et le souvenir des sentiments qu’ils m’ont inspirés et qui, bien évidemment, sont transformés. Je préfère laisser la nature à elle-même. Je n’entends pas l’améliorer, je ne pourrai jamais la refléter. J’aime mieux peindre ce qu’elle me laisse en dedans."

Frédérique Marteau, matières, couleurs et nature

Frédérique Marteau s'est initiée à la peinture dès son enfance à travers la visite de musées et d'expositions. Séduite par le goût laissé par l'Art dans sa vie, elle fréquente à l'adolescence des ateliers d'artistes et apprend la technique à l'huile chez Gwen Fain à Meudon. Après avoir étudié les Arts appliqués à l'Ecole Duperré de Paris, elle met de côté l'Art, pour mieux y revenir quelques années plus tard.

En renouant avec sa vocation première, elle trouve son influence picturale dans les œuvres de nombreux artistes comme Pollock, Rothko, Mitchell, de Staël ou Soulages. La matière, les aplats de couleurs et la Nature deviennent les éléments récurrents de ses travaux. L’artiste étire la peinture au couteau sur toute la surface de la toile. L’impression de profondeur est dynamisée par un savant jeu de contrastes, de vides et de pleins. Les aplats de couleurs et le traitement horizontal rappellent l’immensité des grands espaces. La nature l’inspire dans toute sa diversité et s’invite dans ses œuvres éclatantes et baignées de lumière.

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