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Le Bonheur est dans le pré

Femme artiste emblématique, n'ayant jamais caché son homosexualité, habillée et coiffée comme un homme, elle ne défendait pourtant qu'une seule cause : son Art. Fascinée par les animaux, sa peinture traduit un souhait de réconciliation entre l'humain et la nature. Elle, c'est Rosa Bonheur.

Des petites aiguilles aux honneurs de l'Elysée

Elle fût la première femme officier à avoir reçu la Légion d'Honneur, la première femme membre de la Société Protectrice des Animaux (SPA), la première femme à avoir eu un imprésario, singulière dans bien des domaines, Rosa Bonheur est aussi et surtout l'artiste peintre animalier la plus célèbre du monde. Marie-Rosalie Bonheur, de son nom complet, arborait une coupe aux cheveux très courts, se plaisait à porter des pantalons, se détruisait la santé en fumant des Havanes, ne montait pas à cheval en amazone et partageait sa vie avec... des femmes. Une hérésie dans la France du XIXème siècle qu'elle a traversé comme une comète. Femme indépendante et artiste libérée, partie de rien, celle qui n'était qu'une petite couturière dans son enfance, aura fini par recevoir la Reine Victoria d'Angleterre, l'impératrice Eugénie de Montijo, le Président Carnot ou Buffalo Bill, allant même jusqu'à être considérée comme l'égale de George Sand.

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Superstar de son vivant, honorant des commandes prestigieuses d'Europe aux Etats-Unis, la gloire de Rosa Bonheur s'est pourtant éteinte rapidement après sa disparition en 1899. Trop éloignée des tendances et des mouvements modernes de l'époque, pas assez identifiée à un courant artistique, l'œuvre de Rosa Bonheur mérite qu'on s'y attarde, autant que sa vie.

L'appel des champs

Le bonheur, la petite Marie-Rosalie n'a pas vraiment nagé dedans au cours de sa jeunesse. Née le 16 mars 1822, à Bordeaux, véritable petit garçon manqué, elle passe les premières années de sa vie dans la campagne girondine à gambader dans les prés derrière les vaches et les moutons. Elle disparait de longs moments dans les étables, les bêtes la fascinent, leur yeux surtout, l'expression de leur regard. Elle doit souvent prendre ses jambes à son cou, chassée par des cornes jugeant indiscrète cette curiosité. "Je vois encore l'empressement avec lequel je courais au pré où l'on menait paître les bœufs. Ils ont failli me corner bien des fois, ne se doutant pas que la petite fille qu'ils poursuivaient devait passer sa vie à faire admirer la beauté de leur pelage. J'avais pour les étables un goût plus irrésistible que jamais courtisan pour les antichambres royales ou impériales. Vous ne sauriez vous douter du plaisir que j'éprouvais de me sentir lécher la tête par quelque excellente vache que l'on était en train de traire".

Raimond Bonheur, est un professeur de dessin, petit artiste sans ambition et sans succès, mais il encourage ses enfants dans cette voie artistique. Auguste et Juliette deviendront peintres tandis qu'Isidore sera sculpteur. Rosa a quatre ans lorsqu'elle s'empare de ses premiers pinceaux, que son père laisse trainer. Crayonnant sans cesse sur tous les supports que sa petite main peut atteindre. "Rosalie est une adorable petit chose, elle commence déjà à manifester du goût pour les Arts. Elle attrape souvent mes crayons et gribouille sur la porte. Et elle dessine des ronds et d'innombrables traits" écrit alors le paternel. Elle écoute sa mère jouer du clavecin, assise par terre, elle prend une feuille de papier et une paire de ciseaux, puis découpe un berger, son chien, une vache, un mouton, un arbre...

Son père ayant entendu que la vie serait meilleure pour un artiste à Paris, décide de monter en diligence sur la capitale en 1829, abandonnant pour une année sa femme et ses enfants. En 1830, ils le rejoignent dans sa relative misère. En effet, le pauvre homme vivote et préfère confier ses maigres économies aux mendiants qui hantent les rues. Sous l'emprise du Saint-simonisme, Raimond Bonheur ne prête que peu d'attention à sa famille et à son bien-être. Ses idées généreuses passent avant lui, mais aussi avant sa famille. Pendant ce temps, la mère de Rosa prend le destin de ses enfants en charge, mais mourra d'épuisement en 1833, avant d'être enterrée, faute d'argent, dans la fosse commune de Montmartre. En plus de la perte de sa mère adorée, Rosalie souffre d'être coupée de la nature. Où sont les fermes ? Les vaches ? Les champs ? Les près ? Sa Garonne ? A la suite de ces événements, contre l'avis de son père, à 13 ans Rosa décide de mettre un terme à ses études et à son apprentissage  comme couturière, pour se livrer corps et âme au dessin et à la peinture.

La reine du Salon de Paris

Ambitieuse, pragmatique et dotée d'un caractère bien trempé, Rosa Bonheur n'entend pas pratiquer  les Arts d'agrément réservés à la gent féminine de son temps. Sous son insistance, son père finit par l'accepter dans son atelier, avant de confier son talent à l'atelier Cogniet. Elle passe alors ses journées à arpenter les couloirs du Louvre, dont elle avait obtenu l'autorisation de copier les œuvres qui lui plaisaient. En parallèle, elle fait ses premières études de paysages dans les bois et les forêts environnantes, se rapprochant des peintres de Barbizon. Son sujet de prédilection ne l'a cependant jamais quitté : les animaux, qu'elle se met à étudier sérieusement en 1839 et qui deviendront très rapidement sa spécialité. Admise pour exposer à l'édition 1841 du Salon de Paris, à seulement 19 ans, elle présente deux tableaux : "Moutons" et "Chèvres et lapins". Son travail sera récompensé au Salon de 1845 par une médaille de troisième classe (bronze) et au Salon de 1848 par une médaille de 1ère classe (or) pour son œuvre "Bœufs et taureaux, race du Cantal". Bien que déjà (re)connue, Rosa Bonheur accède à la célébrité lorsqu'elle réalise en 1849 un tableau commandité par l'Etat, intitulé "Le Labourage nivernais", exposé aujourd'hui au Musée d'Orsay. Ses dimensions impressionnantes (1,34 m par 2,60 m), furent jugées exorbitantes de la part d'un petit bout de femme ne mesurant qu'un mètre cinquante.

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(Le labourage Nivernais, 1849)

Elle assoit définitivement sa réputation au Salon de 1853 en présentant "Le Marché aux chevaux", toile encore plus gigantesque (2,44 m par 5,06 m), représentant le marché aux chevaux de Paris. Symbolisant la force animale brute , ce tableau représente des percherons, difficilement maîtrisés par de jeunes garçons. Inspirés des œuvres de Coysevox ou de Géricault, les chevaux sont traités de façon naturaliste à travers un rendu ultra-réaliste des mouvements et des détails anatomiques. Ce tableau est l'aboutissement des études effectuées par Rosa Bonheur pendant dix-huit mois dans les écuries et les marchés aux bestiaux de la région parisienne. Ce tableau exposé en 1853, reçut un accueil triomphal de la part de la critique et fut largement diffusé grâce à la gravure. Son tableau "a le rare et singulier privilège de ne soulever que des éloges dans tous les camps. C'est vraiment une peinture d'homme, nerveuse, solide, pleine de franchise" Sollicitée par des commandes de toutes parts, même outre-Atlantique, Rosa Bonheur se paye même le luxe d'en refuser et de ne peindre que ce qui lui plait. "Il me suffisait de terminer une étude, n'importe laquelle, et mon tiroir se remplissait d'or"

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(Le marché aux chevaux, 1853)

Le bonheur c'est la liberté

Ce qui lui plait, Mademoiselle Bonheur, le fera tout au long de son existence. Fidèle à son caractère indépendant, elle célèbre les animaux et décrit dans un style réaliste les travaux dans les champs et la vie rurale de la petite France. Bravant les interdits liés à la morale de son époque, elle eut pourtant l'habileté de mener une vie à contre-courant de bien des conventions sans jamais faire scandale. En développant dans son Art une approche académique, alors même que les femmes n'étaient pas admises au Conservatoire. "Quel ennui d'être limité dans ses gestes quand on est une fille !"  Elle obtient un permis de travestissement délivré par la Préfecture de Paris afin de pouvoir porter un pantalon. Elle partagea sa vie affective avec deux femmes peintres, Nathalie Micas puis après le décès de celle-ci en 1889, Anna Klumpke, une américaine. Même si elle a transgressé la morale sociale de l'époque, cela n'a pas empêché Rosa Bonheur d'être célébrée dans toute la France, en Grande-Bretagne et en Amérique où elle était même considérée comme la plus grande peintre animalière du monde.

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Installée depuis 1859 avec Nathalie Micas dans une vaste demeure en lisière de la forêt de Fontainebleau à By, dans les hauteurs de Thomery (77), Rosa Bonheur y a fait aménager son atelier. Elle y loge ses nombreux et chers animaux, mouflons, cerfs, biches, sangliers, moutons, chevaux, bœufs et même un couple de lions ! Grâce à Rosa, la petite commune de Seine-et-Marne voit défiler alors du beau monde. En juin 1864, l'impératrice Eugénie de Montijo lui rend visite à deux reprises pour lui remettre, en 1865, les insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur, faisant d'elle la première femme à recevoir cette distinction. En 1894, elle fut également la première femme promue officier dans cet ordre. En 1889, c'est William Frederick Cody qui se rend sur les terres du domaine de By. Plus communément connu sous le nom de Buffalo Bill, cette figure mythique de la Conquête de l'Ouest se fait croquer le portrait avant d'offrir une tenue intégrale de sioux à l'artiste. De son côté Rosa Bonheur voit du pays, elle voyage en Belgique, en Angleterre où elle rencontre la Reine Victoria et fait même partie de la délégation française invitée à l'exposition universelle de 1893 à Chicago.

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(Buffalo Bill, 1889)

Elle disparait à l'âge de 77 ans, des suites d'une congestion pulmonaire contractée après une promenade en forêt. A l'abri du besoin durant toute sa carrière, qui s'est déroulée à l'écart des principaux courants artistiques, l'œuvre de Rosa Bonheur connait pourtant rapidement une perte vertigineuse de sa valeur dans les décennies qui suivent. Le modernisme de Cézanne répudie son genre de peinture et il fallut attendre la fin du XXème siècle pour que ses peintures aient un renouveau léger de notoriété suite à la publication de nouvelles biographies. Auteure de tableaux exceptionnels, considérée comme l'une des plus grandes peintres animalières de l'histoire, elle a surtout ouvert la voie aux débuts du féminisme prouvant que le bonheur c'est la liberté !

Alice Locoge, l'animal et l'homme intimement liés

Inspirée par le milieu naturel et les animaux en particulier, Alice Locoge commence à élaborer son langage pictural en expérimentant les techniques, les formes, les textures et les matières offertes par ce sujet aussi vaste que complexe. Elle développe un monde fantasmagorique qui serait le trait d’union, le lien, le rappel que l’humain et l’animal ne sont que deux expressions d’une même vérité, intimement liées comme le sont la vie et le rêve. Son champ d’études se tourne également en direction du corps humain. Se plaçant délibérément à la frontière de l’imaginaire et de la réalité, de l’abstraction et de la figuration, l’artiste puise dans son intériorité pour exprimer sur la toile l’intensité des indices naturels présents en chaque être.

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