Le Groupe des Sept et le Canada sauvage

28 décembre 2016

Les paysages sauvages des terres canadiennes ont inspiré des générations d'artistes, mais personne autant que Tom Thomson et le Groupe des Sept. Voyage entre lacs grandioses, arbres solitaires et couleurs vives.

Un Canada artistiquement trop traditionnel

Quarante ans après son unification par la Confédération de 1867, le Canada est en train de se définir une identité politique, économique et sociale propre. Alors que son poids ne fait qu'augmenter sur l'échiquier mondial des nations qui comptent, dans le domaine artistique et culturel le pays à la feuille d'érable est à la traîne. Encore asservie par les traditions picturales du Vieux Monde, la peinture canadienne est vivement influencée par les conventions et les goûts européens. L'Art paysagiste existe depuis des décennies, et malgré l'ouverture de la ligne ferroviaire transcontinentale du Canadien Pacifique qui permet d'accéder aux Praires et aux Rocheuses, il consiste alors principalement en de simples représentations réalisées à travers le sibyllin prisme académique européen. Dans cette atmosphère figée et moribonde, les premières étincelles d'un changement annoncé sont allumées par Maurice Cullen et James Wilson Morrice qui figurent parmi les premiers artistes à appliquer les principes de l'impressionnisme français aux paysages canadiens. La véritable flamme viendra d'un petit groupe de peintres qui se confrontent à Toronto au début des années 1910 pour se présenter leurs travaux respectifs, leurs inspirations et disserter de l'impasse dans laquelle le Canada artistique s'engage.

Tom Thomson le huitième membre

Un soir de mars 1920 au 63 de la Queen's Park Street à Toronto, les instigateurs d'un nouveau mouvement pictural donnent naissance au Groupe des Sept. Le nom est logiquement tiré du nombre de membres fondateurs qui ont décidé de s'unir officiellement pour proposer une nouvelle vision artistique et nationale du Canada, alors jeune nation en quête d'identité. C'est ainsi que Lawren Harris, James MacDonald, Arthur Lismer, Frederick Varley, Franklin Carmichael, Frank Johnston et Alexander Jackson inaugurent leur première exposition en mai de la même année.

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Bien avant de devenir le Groupe des Sept, ces mêmes peintres associés à Tom Thompson, décédé en 1917 avant la formation officielle, se côtoient depuis 1912. MacDonald, Lismer, Varley, Johnston, Carmichael et Thompson font connaissance chez Grip Ltd. un société de graphisme à Toronto où il travaillent tous. Le travail publicitaire ne soulève pas spécialement l'enthousiasme de ces artistes, mais la liberté accordée par le directeur artistique Albert Robson est primordiale. Ils peuvent aisément suivre des cours d'Art ou prendre de longues périodes de congés estivaux pour effectuer leurs expéditions de peinture. Par l'intermédiaire de MacDonald, ils rencontrent Lawren Harris à l'Arts & Letters Club de Toronto où se réunissent alors les hommes qui discutent de littérature, de théâtre, d'architecture et des beaux arts. Soutenus financièrement par Harris, qui est l'héritier de la manufacture agricole Massey-Harris, ainsi que par le Dr James MacCallum, ils financent la construction d'un immeuble d'ateliers qui deviendra par la suite le lieu de rencontre et de travail pour ce nouveau mouvement en devenir.

Bien qu'il ne fasse pas officiellement partie du Groupe des Sept, Tom Thompson est toutefois l'artiste le plus emblématique et influent du mouvement. Autodidacte talentueux, il est un peintre d'extérieur et un explorateur insatiable qui pousse sans cesse les autres à peindre les paysages sauvages du Nord. Mort noyé en 1917, au milieu du lac Canoe, Tom Thompson ne participera pas à l'aventure naissante du Groupe, mais ses amis n'ont jamais eu le moindre doute que, s'il était resté en vie, il aurait pris part à l'aventure, comme le confirme Harris : "J’ai compté Tom Thomson comme un membre, même si le nom du groupe date d’après sa mort. Tom Thomson a néanmoins été essentiel au mouvement, une partie prenante de sa formation et de son développement, au même titre que ses autres membres."

"Le contenu de l'estomac d'un ivrogne"

Attaché à développer une peinture nationaliste et autochtone, le Groupe des Sept affirme très tôt représenter l'Ecole Nationale du Canada. Selon ces artistes, la nature sauvage de leur pays requiert d'être représentée dans un style plus impertinent et plus vigoureux, dans des couleurs beaucoup plus vives, que la peinture paysagiste académique classique. Le Canada, vaste terre sauvage et chargée de vitalité, se doit d'être représentée dans un style qui attise ses qualités propres. Les toiles donnent à contempler des visions magnifiques et puissantes de rivières, de lacs et de forêts dans des régions où la présence de l'Homme est rare, voire totalement absente.

Deux événements vont marquer définitivement le style du Groupe des Sept. Alexander Jackson et Frederick Varley participent à la Première Guerre Mondiale. Ils en profitent une fois sur place pour étudier les mouvements et les œuvres des postimpressionnistes et des néo-impressionnistes. Les scènes d'horreurs constatées sur place se retrouveront plus tard dans leurs compositions, particulièrement dans l'utilisation d'arbres morts et de paysages dévastés ou accidentés. L'événement le plus marquant a lieu un peu plus tôt, en 1912 lorsque MacDonald et Harris vont visiter à Buffalo une exposition de peinture contemporaine dédiée à l'Art scandinave. La recherche stylistique du Groupe empruntera définitivement un nouveau chemin. Frappés par la démarche des Scandinaves, qui utilisent parfaitement la lumière pour sublimer les paysages nordiques, ils en déduisent que ces tableaux pourraient aussi bien représenter la grande nature de leur Canada.

Après leur première exposition en 1920, les critiques pleuvent sur les peintures du Groupe qui ressemblent "au contenu de l'estomac d'un ivrogne" et qui "représentent un outrage aux bonnes mœurs" Mais soutenus inconditionnellement par Eric Brown, le directeur de la Galerie nationale du Canada, qui s'assure que les toiles soient visibles dans les principales expositions canadiennes ainsi qu'à l'exposition de Wembley au Royaume-Uni, ils feront rapidement taire leurs détracteurs. Les années entre 1925 et 1931 ont défini plus profondément l'importance du sujet, considérant ce dernier comme critère de la peinture nationale canadienne. A la suite d'une pléiade d'expéditions, toujours plus lointaines, toujours plus nordiques, les membres du Groupe des Sept ont perpétuellement recherché les recoins les plus imbibés de formes, d'atmosphère, d'âme et de spiritualité. Intimement convaincus que l'âme du Canada doit se ressentir dans son essence même, ils ont concrétisé  leur vision d'une nation nordique épousant pleinement son vaste territoire sauvage. Séparés en 1933, le Groupe des Sept donne naissance à un nouveau mouvement abordant l'Art d'une manière plus simple, plus accessible et plus expressive : le Groupe des Peintres Canadiens. Ce dernier, composé essentiellement de jeunes artistes, aura contribué à la renommée du Groupe des Sept en démocratisant l'héritage de ces peintres du Nord sauvage, qui occupent aujourd'hui une place de choix au cœur de l'histoire du Canada.

Natasha Miller, entre le rêve et la réalité

Native de l'Île de Vancouver sur la côte Pacifique du Canada, Natasha Miller est installée aujourd'hui dans la baie de Fundy à l'extrême nord-est du pays. Au milieu de ces paysages sauvages, dans cette région où la pêche est reine, les marées façonnent un paysage côtier qui change constamment. Les œuvres de Natasha Miller sont marquées par cette nature indomptée. Peintes à l'acrylique, mélangée à du fusain, qu'elle réalise elle même à partir de charbon d'érable directement extrait de son four à bois, ses toiles sont généralement des paysages maritimes où l'élément humain semble avoir complètement disparu. Seuls quelques indices colorés de son existence sortent de ces paisibles paysages. Natasha Miller veut offrir au spectateur un cadre sobre et apaisant que chacun peut s’approprier et, ainsi, enrichir de son interprétation personnelle.

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