Le triangle Dalínien

Première superstar des peintres modernes, virtuose du marketing avant l'heure, reconnu de Paris à New York, Salvador Dalí ne s'est pourtant jamais éloigné de sa modeste région natale. De Figueres à Púbol en passant par Cadaqués, l'œuvre du Maître est à jamais marquée par ce triangle en plein cœur de la Catalogne.

Figueres, le vaisseau mère

Figueres, sa place de la mairie, ses rues piétonnes, ses arcades et ses façades pastel, ressemble à n'importe quel autre simple centre-ville d'une cité ibérique animée uniquement lors des traditionnelles promenades du crépuscule. Mais Figueres n'est pas fait de ce bois, la capitale de l'Alt Empordà, en pleine Catalogne, possède ce quelque chose de spécial, qui attire et attise le regard du monde entier. Cette commune de 44 000 âmes tutoie sans peine sa voisine, la truculente et inévitable Barcelone, où comme une science sans faille, les touristes s'octroient toujours un détour au nord de la mégalopole catalane pour y arpenter les rues de Figueres. Ce supplément d'âme, Figueres le trouve dans la naissance d'un de ses enfants prodiges, un jour de mai 1904, où un certain Salvador Dalí pousse ses premiers cris au 20 de la rue Monturiol.

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Avant de bouleverser le destin de sa cité natale, le jeune Dalí s'y promenait avec toute l'innocence que caractérise un enfant. Et comme chaque enfant, des peurs rythment ses trajets. Pour Dalí, les gargouilles de céramique en forme de sauterelle, qui ornent un hôtel particulier à quelques encablures de sa maison natale, le révulsent à tel point que son œuvre en sera à jamais marquée comme dans Le Grand Masturbateur (1929), dans lequel un spécimen gigantesque s'agrippe à un rocher en forme de tête, que l'on devine aisément être celle du jeune Salvador Dalí en personne.

Plus tard, dans les années 1960, l'habitué de l'hôtel Durán, se lance dans son "œuvre d'art total" sur les ruines fumantes de l'ancien théâtre municipal incendié pendant la guerre. Inauguré en 1974, le Théâtre-Musée de Figueres ne s'est jamais reposé. Entre son dôme en verre, ses œufs monumentaux, ses trompe-l'œil, ses tableaux pixellisés ou encore ses statues, déambulent près d'un million de visiteurs par an. C'est l'établissement culturel le plus visité de Catalogne, constituant la clé de voûte du "triangle Dalínien".

Cadaqués, l'atelier

Comme toute bonne figure géométrique qu'est le triangle, il faut trois point pour le compléter. De Figueres, il faut ensuite se déplacer à l'extrême est de la péninsule ibérique pour atterrir à Cadaqués. Ici, entre mer et montagnes, sur des terres balayés par les vents, Salvador Dalí pose ses pinceaux. "Je ne suis chez moi qu'ici, partout ailleurs, je ne suis que de passage". Chassé par un père notaire, déçu de la tournure que son fils donne à sa vie, trop fantaisiste, trop athée, en liaison avec une femme de dix ans son aînée, Dalí se paye une cabane de pêcheur à Portlligat. De l'autre côté de la colline qui domine Cadaqués, c'est dans ce petit port qu'il a passé une majeure partie de son enfance, son paternel y étant originaire. Dans cette crique dissimulée dans la pointe la plus orientale de l'Espagne, Salvador Dalí y vit avec Gala, sa femme, muse et bienfaitrice, un amour fusionnel et surréel qui durera cinquante-trois étés. Au milieu de ces paysages sélénites et oniriques qui l'ont inspiré tout au long de sa vie artistique, son atelier est installé. Cette anse est le décor d'un de ses tableaux parmi les plus célèbres du surréalisme : La Persistance de la mémoire (1931).

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Depuis sa mort en 1989, il est possible de visiter cet espace complètement dément. D'une cabane de pêcheur en 1930, Dalí en fit un labyrinthe de plus de dix chétives habitations à l'image du propriétaire. La tour qui surplombe l'ensemble est fièrement coiffée d'un œuf, encore, tandis que chaque détail est relevé d'une excentricité : la piscine en forme phallique, un ours empaillé, un Christ géant constitué de déchets récupérés sur les berges alentours... Transformé en musée, l'ensemble semble ne pas avoir bougé depuis le départ du Maître. Cadaqués remercie encore le génie d'avoir décidé un jour de s'y installer, toute l'économie touristique de la zone tournant autour des plus célèbres moustaches du monde artistique. Pourtant, malgré cet afflux continuel de touristes, Cadaqués et Portlligat ont su garder l'âme qui inspira Dalí, loin des autres villes impersonnelles et des littoraux bétonnés de la Costa Brava.

Púbol, le château en Espagne

Si le destin de Dalí est à jamais lié à Cadaqués, il avait également attaché son sort à celui de son épouse Gala. Dans les années 1970, le peintre est au sommet de son art et de sa popularité, à tel point que tout le beau monde de l'époque vient se montrer dans la crique de Portlligat. Usée par la foule incessante massée devant sa porte et par les sangsues qui bourdonnent autour de Dalí, Gala se fait offrir son château en Espagne dans les faubourgs de Púbol à une soixantaine de kilomètres au sud de Cadaqués. Incomparable avec la délirante habitation de Dalí, le "Palais de Gala" est rigide et ascétique à l'image du caractère de la propriétaire. Bien qu'entièrement rénové par le couple, la fantaisie n'y tient pas une place importante. Pour rendre visite à sa reine, Salvador Dalí doit même présenter un carton d'invitation.

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Si elle y passe le plus clair de son temps, Gala rend cependant son dernier souffle à Portlligat le 10 juin 1982. Le peintre la fait embaumer et enterrer dans un crypte au sein du château de Púbol. Fuyant Cadaqués et Portlligat, il s'installe dans le château de Gala, peignant dans l'obscurité face au buste de sa femme. A la suite d'un incendie accidentel dans la chambre de sa défunte, Salvador Dalí refuse d'y remettre les pieds et s'installe dans sa ville natale de Figueres dans les dépendances de la Torre Galatea où il rendra l'âme le 23 janvier 1989. Le château de Púbol, transformé depuis en musée, représente le dernier point du triangle Dalínien. Alors qu'il devait reposer aux côtés de Gala dans une crypte qu'il avait aménagé à Púbol, c'est dans son Théâtre-Musée qu'il dort pour l'éternité. Né et mort à Figueres, la boucle de Dalí est bouclée, le triangle est refermé.

Mercedes Garcia Gallardo, adoptée par Cadaqués

Native de Malaga, Mercedes Garcia Gallardo y commence ses études d'Arts. Elle suit ensuite différents cours  de sculpture, d'émaillage, de dessin et de peinture à Barcelone auprès d'artistes comme Manolo Hugué ou Manuel Massana. Spécialisée ensuite dans l'art contemporain, elle en fait son métier et la consécration arrive lorsqu'elle ouvre sa propre galerie d'art sur les terres de Salvador Dalí : l'Espace d'Art Gallardo de Cadaqués. Inspirée par le monde qui l'entoure, les femmes en général mais aussi des paysages de l'Empordà, elle décrit un univers coloré et vivant dans ses peintures. Les visages des femmes qu'elle représente sont abordés frontalement, généralement en gros plan. Elle s'éloigne ensuite de la représentation figurative par l'expérimentation des formes, des couleurs et des matières.

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